Alex, Pierre Lemaitre : une histoire d’enlèvement… ou peut-être plus ?


Alex – Résumé

Une jeune femme a été enlevée. Nul ne connaît son identité, seul un témoin a vu la scène. Comment retrouver la disparue ?

L’affaire est confiée au commandant Camille Verhœven, pour qui les événements ont une résonance toute particulière dans la mesure où sa propre femme a été retrouvée morte suite à un enlèvement. Cette affaire, il n’en veut pas… mais il n’a guère le choix et la recherche de la disparue va s’apparenter de près à une thérapie personnelle.

Sauf que les éléments qui émergent dressent un portrait étonnant. La jeune femme est-elle si innocente ou son enlèvement est-il l’aboutissement d’une histoire encore plus noire ?


Auteur.
Taille du livre408 pages.
Note – ★★★★☆
Alex, Pierre Lemaitre

Alex – Critique

Pierre Lemaitre fait partie des auteurs qui parviennent toujours à me surprendre… et Alex n’échappe pas à la règle.

Tout commence par une histoire d’enlèvement somme toute banale. Une jeune femme, la trentaine, a l’impression d’être suivie dans la rue… et se retrouve à la merci d’un homme qui la retient prisonnière.

« C’est à ce moment qu’elle voit l’homme à travers la vitrine. Il est sur le trottoir d’en face et fait mine d’attendre quelqu’un ou quelque chose. C’est la troisième fois en deux heures. Il la suit. Maintenant, c’est une certitude.

Pourquoi moi ? C’est la première question qu’elle se pose. Comme si toutes les filles pouvaient être suivies par des hommes sauf elle. Comme si elle ne sentait pas déjà en permanence leurs regards, partout, dans les transports, dans la rue ».

Fort heureusement, un homme a été témoin de la scène et a pu alerter la police. Mais vous savez comment c’est : à part donner une description sommaire des faits et de l’agresseur, difficile d’obtenir davantage de précisions… et pendant ce temps, l’heure tourne. La jeune femme est-elle encore en vie ? Où est-elle retenue ?

Dans le roman Alex, Pierre Lemaitre confie l’enquête à un commandant de police que l’on peut retrouver dans plusieurs de ses romans : Camille Verhoeven. Fils d’une artiste renommée, l’homme ne mesure qu’un mètre 45, une taille qui n’est guère facile à assumer dans un rôle où l’on doit faire preuve d’autorité. Et surtout, l’affaire de cette disparition réveille des souvenirs très douloureux chez lui.

Sa propre femme, Irène, a été enlevée et assassinée quelques années plus tôt. Alors forcément, comment ne pas se projeter un peu ? Comment mettre de côté ses émotions pour se concentrer avec objectivité sur les faits ? Le risque est grand de partir sur une fausse piste…

Là où Alex devient un livre original, c’est quand on constate que la jeune femme enlevée est dans un état pitoyable au bout d’un quart du livre. Il reste donc 3/4 du roman à lire (pfiou, vous avez vu mon talent pour les fractions !)… Comment occuper ces pages avec un personnage à l’article de la mort ?

Pierre Lemaitre y parvient, pourtant… et l’on découvre que la victime de l’enlèvement pourrait bien être plus qu’une simple victime. Elle a, semble-t-il, quelques secrets à cacher.

Et puis, aux 3/4 du roman, rebelote ! Une nouvelle péripétie et l’on se dit qu’elle signe la fin de l’intrigue… Comment va-t-on meubler les pages restantes ? Elles nous entraînent, ces pages, jusqu’au dénouement réel.

Alex est une histoire tragique, à l’écriture parfois touchante et parfois narquoise, en témoigne cet extrait savoureux :

« Il n’y a pas de physique propre aux pharmaciens mais une manière d’être, ça oui. Camille en sait quelque chose, son père était pharmacien. A la retraite, il ressemblait à un pharmacien à la retraite. Il est mort il y a un peu moins d’un an. Même mort, Camille n’a pas pu s’empêcher de lui trouver un air de pharmacien mort ».

Ou encore cet extrait, qui en quelques détails dresse un portrait mental instantané qui s’imprime dans l’esprit du lecteur :

« On dirait qu’il est né en costume-cravate. Vous avez beau vous concentrer, impossible de l’imaginer à poil. Il est raide comme un cierge, avec des prétentions à la séduction parce qu’il a des cheveux très épais et une raie sur le côté comme les assureurs qui rêvent de faire de la politique. Il fait futur vieux beau ».

Pierre Lemaitre, c’est cette décomplexion de l’écriture, un peu moqueuse mais qui sonne juste.

Il y a eu deux ou trois moments où j’ai trouvé que le rythme calait un peu mais la machine repart vite. J’ai cru aussi déceler une petite erreur : on parle d’un personnage qui doit prendre un avion « départ le lendemain, huit heures quarante » mais qui réserve son taxi « pour le lendemain à huit heures » en « comptant large »… 40 minutes avant le départ de l’avion, sachant qu’il y a 25 minutes de trajet… on sait déjà que le passager ratera son avion et a priori, ce n’est pas le but.

Mais ce sont des détails qui n’entachent pas le suspense et l’intérêt du roman à mes yeux !


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