Bérénice 34-44, Isabelle Stibbe : devenir actrice, envers et contre tout


Bérénice 34-44 – Résumé

Fille d’un immigré juif ayant fui sa Russie natale pour trouver refuge en France, Bérénice développe très jeune une passion intense et inattendue pour le théâtre. Son père a beau lui répéter que le métier d’actrice n’est pas fait pour elle, Bérénice ne peut oublier la vocation qui l’anime et à l’âge de 15 ans, elle passe le concours du Conservatoire de Paris, prestigieuse institution s’il en est. A la surprise – et au désespoir – de ses parents, elle y est admise.

Trois ans plus tard, c’est sous le nom de Bérénice de Lignières qu’elle fait ses premiers pas à la Comédie-Française, la tête encore pleine de rêves, indifférente aux bouleversements politiques qui commencent pourtant à s’opérer autour d’elle. Jusqu’au jour où le régime nazi s’infiltre jusque dans le théâtre. Sous l’Occupation, on somme la Comédie Française d’exclure de ses rangs les comédiens juifs. Bérénice, qui a gommé sa judéité, se retrouve alors menacée.


Auteur.
Taille du livre358 pages.
Note – ★★★★☆
Bérénice 34-44, Isabelle Stibbe

Bérénice 34-44 – Critique

J’ai fait une très belle découverte avec ce roman d’Isabelle Stibbe. Sa héroïne est animée par une flamme à laquelle s’identifieront sans peine tous ceux qui ont une passion.

Pour Bérénice, c’est le théâtre. Avec son prénom prédestiné, elle a succombé aux charmes de cet art dès sa tendre enfance, au grand dam de son père qui juge ses ambitions peu convenables pour une jeune fille juive. Il espère secrètement que Bérénice oubliera ses premières amours en grandissant et se tournera vers un métier plus traditionnel que celui d’actrice.

Mais rien n’y fait : la vocation est tenace et Bérénice possède un don inné pour la tragédie qui lui ouvre toutes grandes les portes du Conservatoire puis celles de la Comédie-Française.

Si elle perd son patronyme juif dans la bataille, ce n’est pas pour fuir l’oppression mais pour de simples raisons administratives. Mais sous l’Occupation, même les secrets les mieux cachés peuvent remonter à la surface.

Le roman d’Isabelle Stibbe respire l’émotion dans la moindre parcelle de texte. Bérénice y est tour à tour attachante, obstinée, douée, un brin égocentrique aussi, comme le sont parfois les acteurs, écartant le chaos politique et social qui les entoure pour se concentrer sur leurs rôles. L’auteur a fait un véritable travail de fourmi pour reconstituer fidèlement ce qu’étaient le Conservatoire et la Comédie-Française de l’époque. Cette dimension historique n’enlève cependant rien à la sensibilité du livre tout entier.

On plonge dans l’atmosphère des cours de Louis Jouvet, on suit l’éclosion de Bérénice en tant qu’actrice professionnelle. Le régime nazi et ses lois iniques ne font irruption que bien plus tard dans l’histoire. Bérénice, à ce stade, nous a déjà conquis et le suspense n’en est que plus grand.

Pourtant, la fin, on la connaît. Dès la première ligne de Bérénice 34-44, on connaît le destin de l’héroïne : “elle ne racontera pas les regards entendus, les sourires de connivence”. Beaucoup de phrases nous rappellent régulièrement qu’au futur, Bérénice n’est plus sur cette Terre.

Pourtant, on se questionne, on veut savoir, on se laisse emporter par une écriture riche qui pose une multitude de questions profondes : celle de la passion, celle des carcans religieux ou familiaux qui cherchent parfois à nous diriger dans une autre direction que celle où l’on voudrait aller, celle de l’identité française. Et que dire des dilemmes moraux : obéir ou lutter contre le régime ?

Isabelle Stibbe signe avec Bérénice 34-44 un très beau premier roman. Je vous le recommande, en particulier si l’univers du théâtre vous attire !


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