Boyhood, Richard Linklater – Une enfance sous les caméras


Boyhood – Résumé

Mason (Ellar Coltrane), 6 ans, vit avec sa sœur aînée Samantha (Lorelei Linklater) et ses parents (Patricia Arquette et Ethan Hawke).

Son père n’assume guère le fait d’avoir la charge d’une famille et sa mère, qui n’a pas fait d’études, peine à joindre les deux bouts. Leur couple vole vite en éclats, premier bouleversement d’enfance pour le jeune Mason.

Dans ce film étonnant tourné sur douze ans, on suit l’évolution de Mason au gré des péripéties de sa vie de famille… On le voit grandir et changer, s’interroger sur son avenir et sur le sens des choses, vivre ses premières expériences et son premier amour tandis qu’autour de lui, ses parents évoluent également.


RéalisateurRichard Linklater.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆
Boyhood, Richard Linklater

Boyhood – Critique

Difficile de raconter le film de Richard Linklater autrement qu’en disant que c’est l’histoire d’une vie. La vie d’un petit garçon de l’enfance à ses premiers jours de fac. Le réalisateur a fait le pari audacieux de filmer Boyhood sur une période de douze ans, lui permettant d’utiliser le même acteur pour incarner le personnage de Mason de l’enfance à l’âge adulte. Pari audacieux, car on ne sait jamais vraiment comment évoluera un enfant acteur ni même si sa vie lui permettra encore de tourner des années plus tard. Mais pari fascinant car il crée une forme de continuité qui donne à l’ensemble du film un réalisme saisissant.

La vie de Mason est celle de bien des enfants. Ses parents sont devenus parents à un jeune âge et n’ont pas du tout vécu l’expérience de la même manière.

La maman, Olivia porte sur ses épaules le poids de cette famille qu’elle se sent en devoir d’élever correctement. Elle rêve de reprendre des études pour leur offrir une meilleure situation, d’autant que son compagnon ne l’aide pas vraiment au quotidien : il a disparu dans la nature avant de réapparaître dans le vie des enfants, se montrant plus copain que père de famille.

Au fil des années, Mason grandit et traverse toutes sortes d’épisodes familiaux : la séparation de ses parents, la vie au sein d’une famille recomposée et, bien sûr, tous les bouleversements de l’adolescence. La caméra de Richard Linklater a su saisir de petits fragments d’enfance pleins de vérité : les chamailleries entre frère et sœur, où l’on fait joyeusement accuser l’autre de tous les maux pour échapper à la punition, le regard sur le monde qui se transforme en vieillissant, les écarts qui se creusent entre garçons et filles, les centres d’intérêt qui évoluent, les éternelles disputes autour des corvées ménagères…

Et puis, bien sûr, il y a l’évolution physique de chaque personnage, d’autant plus flagrante qu’elle est réelle puisque Mason est joué par Ellar Coltrane tout au long du scénario : cheveux longs ou courts selon les époques, les premières traces de barbe qui émergent, les rides qui s’installent sur le visage des parents, les appareils dentaires maudits de l’adolescence… Tous les acteurs affichent un tel naturel que malgré la scénarisation du film, on garde l’impression en permanence de regarder un documentaire et non une fiction.

Ellar Coltrane dans Boyhood de Richard Linklater

Ce n’est pas un film où l’on guette des retournements de situation ou des péripéties inattendues : personne ne met le feu à la forêt en allant faire du camping, n’a d’accident de voiture après une soirée arrosée. Il n’y a d’autre fil conducteur que celui qu’est la vie, parfois surprenante mais souvent enrichissante dans ce qu’elle a d’ordinaire. C’est en cela que ce film est assez remarquable.

Dans la saga Harry Potter, par exemple, on a aussi vu les acteurs évoluer au fil des années mais dans le cadre d’une histoire à rebondissements. Leur croissance n’était pas le sujet de l’intrigue contrairement à Boyhood. Ici, on observe en un peu moins de trois heures la construction identitaire d’un enfant. Elle passe par des épisodes heureux mais aussi par des traumatismes. Des sujets comme le divorce, la violence conjugale et l’alcoolisme sont ainsi abordés au fil du scénario. On ne cherche pas à nous vendre un monde édulcoré pas plus qu’on ne cherche à nous montrer une histoire très singulière où Mason deviendrait une superstar, où ses parents gagneraient au loto ou je ne sais quel événement rare.

Au-delà du héros lui-même, les autres personnages sont intéressants : le père (Ethan Hawke) qui se sentait encore gamin quand il est devenu parent, va devoir au fil des années s’interroger sur son comportement et accepter de grandir ; la mère (Patricia Arquette) peine à concilier sa quête de sécurité et son bonheur personnel ; et Mason, assez peu sûr de lui et taciturne, doit trouver sa place aux côtés d’une sœur volubile et brillante dans ses études, Samantha…

C’est un film très, très riche et qui, je trouve, nous montre à quel point une vie même ordinaire nous façonne et nous permet de changer, souvent dans le meilleur sens du terme même quand on doit passer par des épreuves. J’y ai retrouvé non sans nostalgie des éléments de ma propre enfance : cette curiosité des pré-ados pour la vie de leurs profs, cette envie d’émancipation chevillée à un refus de grandir tout de suite… Et en même temps, c’est une autre vie, une autre enfance, d’autres êtres à l’arrivée…

Un film vraiment étonnant !


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2 commentaires sur “Boyhood, Richard Linklater – Une enfance sous les caméras

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