Ca, Stephen King (tome 1) : vous ne verrez plus les clowns comme avant


Ça tome 1 – Résumé

Derry, 1957. Une ville industrielle maussade des États-Unis devient le théâtre de faits dramatiques. Le petit George Denbrough part jouer dans la rue avec un bateau en papier conçu par son frère aîné, Bill. Il ne reviendra jamais vivant, le bras arraché par une créature monstrueuse tapie dans les égouts.

Au cours de l’année 1958, plusieurs enfants disparaissent ainsi… et une petite bande soudée se forme peu à peu, réunissant des écoliers qui ont tous vu le monstre et échappé à ses griffes. Il prend parfois l’apparence d’un clown mais ses traits sont aussi changeants que ses victimes et les enfants le surnomment finalement « Ça ».

En 1984, alors que tous ont pris des chemins bien différents et sont devenus adultes, les meurtres reprennent à Derry. Pour Mike Hanlon, devenu bibliothécaire, cela ne fait aucun doute : « Ça » est de retour et entend bien reprendre son règne macabre sur les lieux. Il décide alors de décrocher son téléphone et de rassembler la bande de sa jeunesse pour éliminer le monstre une fois pour toutes.


Auteur.
Taille du livre800 pages.
Note – ★★★★★
Ca, Stephen King (tome 1)

Ça – Critique

« Ça » fait partie des livres qui ont marqué ma vie de lectrice et j’ai profité de quelques jours de vacances pour me replonger dans cette œuvre de Stephen King. Mon regard d’adulte y repère des détails qui m’avaient échappé à l’adolescence mais la magie est restée la même : « Ça » est décidément un grand roman.

Il y a d’abord les personnages. Un groupe d’enfants réunis à l’origine par une ressemblance : tous sont des boucs-émissaires, en proie aux moqueries des autres – en particulier celles d’un trio infernal de jeunes délinquants qui les pourchasse et les violente sans arrêt.

Il y a Bill Denbrough, victime d’un bégaiement envahissant ; Stan Uris, qui est Juif et Mike Hanlon, qui est noir ; Ben Hanscom, obèse maladif et Richie Tozier, le premier de la classe myope comme une taupe et la langue bien pendue ; il y a Beverley Marsh, joli brin de fille battue par son père et Eddie Kaspbrak, asthmatique et surprotégé par sa mère. Certains de ces personnages font d’ailleurs de brèves apparitions dans d’autres œuvres de Stephen King.

Sept enfants, sept histoires qui soudain se rejoignent. Tous réalisent qu’ils ont croisé la route d’un monstre, une créature aux mille visages qui prend parfois l’apparence d’un clown et semble vivre dans les égouts de Derry. Une créature assoiffée de sang, qui ne s’attaque qu’aux enfants et que seuls les enfants peuvent voir. Ensemble, la petite bande s’efforce de mettre un terme à son règne et fait la promesse solennelle de se retrouver si, un jour, « Ça », alias « Grippe-Sou le clown », venait à réapparaître.

Quand le téléphone sonne, 26 ans après les derniers meurtres en date, tous comprennent qu’il est temps d’honorer cette promesse et de tuer définitivement la créature. Mais en sont-ils capables ?

Stephen King réalise avec ce roman un véritable coup de génie. D’abord, parce qu’il fait preuve d’un talent extraordinaire pour les flashbacks. Il nous fait passer d’une époque à l’autre sans qu’à aucun moment, on se sente perdu face à cette élasticité du temps qui passe : les retrouvailles de 1984 se mêlent aux souvenirs de 1958, où l’on se souvient d’épisodes plus anciens.

De telles ruptures chronologiques ont parfois des effets dramatiques sur la crédibilité et l’intérêt d’un roman, le lecteur se perdant entre deux périodes. Ici, ce n’est pas le cas et l’on comprend à chaque chapitre à quel point King voit la vie de ses héros comme une « unité » où passé, présent et futur s’entremêlent.

Le deuxième coup de génie tient à la nature même de « Ça ». Le clown est imprévisible et les adultes ne le voient pas. Impossible, donc, de compter sur l’aide rassurante d’un plus grand pour en venir à bout. Impossible, aussi, de s’en protéger dans son quotidien. Stephen King vous dit une chose : il est légitime d’avoir peur dans certaines circonstances. Par exemple, il est normal d’avoir peur en descendant à la cave dans l’obscurité. Mais rien ne s’y passe, pourtant. Et soudain, King vous révèle autre chose : il est des lieux où l’on n’a pas de raison d’avoir peur mais où, soudain, l’horreur s’invite sans prévenir alors même qu’on se sentait protégé.

C’est cette rue familière qui devient le théâtre d’une scène horrible, ce lavabo d’où peuvent surgir des choses étranges. C’est cette irruption du monstrueux dans le quotidien qui fait que vous n’êtes nulle part en sécurité… et que le livre est diablement bon.

Ca de Stephen King vu par le cinéma
Ca vu par le cinéma

Au-delà de sa construction, le roman « Ça » témoigne aussi de la capacité de Stephen King à aller au-delà d’un récit à suspense sanglant. Il aborde ainsi de nombreux sujets complexes avec une finesse étonnante : la violence conjugale, le rejet dont sont victimes les homosexuels, la ségrégation raciale dans l’Amérique profonde du 20e siècle, l’éducation et les rapports parents-enfants dans des familles modestes vivant de l’agriculture…

Dans ce tome 1, les enfants devenus adultes se souviennent de la manière dont ils ont croisé la route de « Ça » et doivent décider s’ils rejoindront ou non Derry pour honorer leur promesse de jeunesse. Derry, justement, offre un décor d’une richesse inouïe. Une ville globalement pauvre, avec son ruisseau sale et ses « Friches Mortes » où jouent tous les gamins. Une ville qui – comme beaucoup d’autres – connaît au fil du temps un certain développement, les banques et les hôtels venant remplacer les lieux familiers du passé. Une ville gangrenée par l’alcoolisme, l’homophobie et le chômage. Un décor aussi intéressant que réaliste.

On a souvent réduit « Ça » à un roman « sur un clown maléfique ». La réalité est bien plus complexe, véritable portrait saupoudré d’histoire d’une société et de ses travers… mais une chose est sûre : ce livre ne vous laissera pas indifférents.


Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 commentaires sur “Ca, Stephen King (tome 1) : vous ne verrez plus les clowns comme avant

  • Sandrine

    bonjour, c’est la première fois que je viens sur votre blog mais ce ne sera surement pas la dernière car la lecture est un de mes passe temps favori !
    j’aime beaucoup votre blog. Il est clair … et je pense que je vais pouvoir, grâce à lui, trouver de bons livres à dévorer !
    a bientôt
    Sandrine

    Répondre à Sandrine
    • Serial Lectrice

      Bienvenue ici Sandrine, j’espère que ça vous donnera quelques idées… il y a tellement de livres à découvrir que ce n’est jamais facile de faire un choix !

      Répondre à Serial
  • Magali

    Quel plaisir de lire cette critique! J’ai lu « Ca » récemment, alors que j’avais seulement vu le film quand j’étais ado, et j’ai été très surprise de la profondeur que j’y ai découverte. Comme tu dis, c’est très loin d’être juste un roman d’horreur. En fait, quand on y réfléchit le plus effrayant dans ce livre, c’est justement tout ce qui n’est pas surnaturel: le racisme, la maltraitance… Au final « Ca » ne fait qu’utiliser et désinhiber les pulsions qui existent déjà chez les habitants de Derry. J’ai aussi été très touchée par le portrait très juste que dresse King de l’enfance, pas du tout présentée comme une période idyllique un peu mièvre, et par le pouvoir qu’il accorde à l’amitié, à l’imagination et au rire qui sont les seuls moyens de vaincre « Ca »!

    Répondre à Magali
    • Serial Lectrice

      Oui tout à fait, j’aime beaucoup les auteurs qui vont au-delà du cliché de l’enfant aux réactions simplistes et aux émotions peu variées.

      Répondre à Serial
Si vous aimez les articles du site, n'hésitez pas à faire vos achats sur Amazon.fr via ce lien ; il me permettra de toucher une commission grâce au programme Partenaires Amazon EU.