Écriture : mémoires d’un métier, Stephen King


Ecriture : mémoires d’un métier – Résumé

Quand Stephen King se décide à écrire sur son métier et sur sa vie, un brutal accident de la route met en péril l’un et l’autre.

Durant sa convalescence, le romancier découvre les liens toujours plus forts entre l’écriture et la vie.

Résultat : ce livre hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique.

Mais plus encore révélation de cette alchimie qu’est l’inspiration.

Une fois encore Stephen King montre qu’il est bien plus qu’un maître du thriller : un immense écrivain.


Auteur.
Taille du livre350 pages.
Note – ★★★★☆
Écriture : mémoires d'un métier, Stephen King

Ecriture : Mémoires d’un métier – Critique

Imaginez que Stephen King lui-même partage avec vous des astuces pour bien écrire. Imaginez une rencontre, durant quelques heures, où il vous raconterait son parcours, ses difficultés, ses premiers succès, tirant les leçons qui s’imposent et vous délivrant avec franchise des conseils sur l’écriture. Cette idée folle ne sort pas de mon cerveau délirant : c’est le thème du livre Écriture : mémoires d’un métier.

Ce livre est un mélange entre une autobiographie classique et des conseils d’écriture distillés avec honnêteté et bienveillance. C’est un livre qui valorise une composante essentielle de l’écriture : sa dimension instinctive.

“Je considère qu’il y a incompatibilité entre la construction d’une intrigue et la spontanéité de la véritable création”, écrit Stephen King.

Quand j’ai relu Ecriture : mémoires d’un métier, je venais de finir Anatomie du scénario de John Truby. Ce livre explique d’une manière didactique comment construire une bonne histoire.

La lecture m’est vite devenue insupportable tant les conseils de Truby ressemblaient à un mode d’emploi. Si vous cherchez des conseils pour structurer vos récits, lisez-le. Pour ma part, ces recettes de cuisine littéraires m’ont laissée sans voix et passablement énervée. Parce qu’à mes yeux, l’écriture est avant tout un instinct, quelque chose qui vous saisit et vous mène là où vous n’avez pas PRÉVU d’aller.

Écriture : Mémoires d’un métier commence par une autobiographie de Stephen King, dans laquelle il raconte ses premiers pas d’auteur et ses premières bêtises de jeunesse, que je vous laisserai le plaisir de découvrir, certaines sont savoureuses. Quand on entend parler de lui, il est en général décrit comme un génie dont chaque œuvre connaît un succès sans précédent. Mais King dément.

Il raconte les nombreuses lettres de refus reçues au début de son parcours, l’obstination dont il a dû faire preuve pour continuer à envoyer ses textes aux éditeurs malgré les réponses négatives… jusqu’au jour où il a vendu les droits d’un roman, Carrie. Il raconte aussi les séances d’écriture quotidiennes auquel il s’astreint, le travail de correction auquel il se soumet, estimant que tout écrivain peut et doit s’améliorer.

Il ne cache rien, non plus, de certains épisodes douloureux de sa vie : la mort de sa mère (qui l’avait élevé seule), l’accident qui a failli lui coûter la vie, son addiction à la drogue et son alcoolisme. Sa franchise m’a impressionnée. L’alcoolisme est un démon que la plupart des malades affrontent en secret. Lui en parle dans un livre distribué dans quelques milliers de librairies à travers le monde. Et reconnaît qu’il se souvient à peine avoir écrit Cujo. Il est sorti de cet enfer grâce au soutien de sa femme Tabitha, une figure centrale de sa vie et sa première critique.

Stephen King, par Michael Edwards
Stephen King, par Michael Edwards

La seconde partie du livre est tournée vers des conseils d’écriture : le principal étant de savoir être simple et honnête. Ne pas hésiter à dire “il va chier” plutôt que “il va déféquer” si ce mot sonne mieux dans la bouche du personnage, par exemple. Stephen King lutte contre “le faux intellectualisme” et j’applaudirais des deux mains si celles-ci n’étaient pas occupées à taper sur mon clavier.

Dans notre société, il faut toujours “avoir l’air intelligent” : dire qu’on a lu Télérama plutôt que Voici ; dire qu’on a regardé Arte, pas Secret Story ; et s’exprimer de préférence avec un vocabulaire élaboré et moult subordonnées censées refléter la complexité de notre pensée. Pourquoi tout ceci serait-il incompatible ? On peut, je crois, connaître la définition des mots immarcescible et entéléchie tout en appréciant, parfois, de se vider la tête devant un nanar.

Dans la même veine, il invite les jeunes auteurs à supprimer les mots inutiles, privilégier la voix active à la voix passive, écrire sans relâche et lire beaucoup.

J’avais dévoré cet ouvrage l’année de sa parution (2001) et j’en avais retenu une chose : il ne faut pas abuser des adverbes. En le relisant, j’ai constaté qu’il m’avait marquée bien au-delà de ce seul conseil. Stephen King nous dit par exemple au sujet de la lecture : “Chaque livre comporte sa ou ses leçons, et on apprend souvent davantage des mauvais livres que des bons”.

C’est aussi ma philosophie, celle que j’adopte sur ce blog. Le sens critique ne se forge pas qu’en lisant des ouvrages étiquetés comme des chefs d’oeuvre. C’est aussi en lisant de mauvais livres qu’on cerne mieux ce qui nous fait vibrer et, à l’inverse, ce qui nous fait décrocher.

De même, King invite chacun à écrire en ayant en tête une seule personne, un “lecteur idéal” (dans son cas, c’est sa femme). C’est comme ça que j’écris sur mes blogs et quand j’avais donné ce conseil dans un article, ça avait fait bondir plusieurs lecteurs, y compris sur d’autres blogs, qui avaient été choqués par l’idée même qu’on puisse écrire “en fonction de quelqu’un”.

Chose amusante, Stephen King en parle dans son livre : “Beaucoup d’auteurs résistent à cette idée. Ils ont l’impression que revoir un texte en fonction des desiderata et des critiques d’un public donné relève plus ou moins de la prostitution”.

Vous l’aurez compris, Ecriture : mémoires d’un métier est un livre qui me parle et qui a marqué ma vie de lectrice autant que mon regard sur l’écriture. Que vous aimiez ou non Stephen King en tant qu’auteur de thrillers, c’est un regard intéressant sur le métier d’écrivain, qui invite à être à l’écoute de soi-même autant que des autres.


Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

13 commentaires sur “Écriture : mémoires d’un métier, Stephen King

  • Anne Jutras

    Bonjour Serial Lectrice,

    Moi aussi j’ai adoré la lecture de ce livre. Il m’a ouvert les yeux sur la persévérance et la régularité. S’il n’avait pas poursuivie son écriture (grâce au soutien de sa femme), on ne le connaîtrait probablement pas aujourd’hui.

    Mais ce qui m’a le plus étonné, si je puis dire, c’est sa méthode de travail, qu’il soit inspiré ou non, il s’installe à son clavier et écrit.

    Selon lui, il ne faut pas attendre le moment idéal ou que la muse vienne titiller notre imaginaire pour écrire, non, on se discipline et on écrit. Tous les jours. Au fond, c’est un peu comme s’entraîner. Plus tu pratiques, plus ça devient facile. Ou presque… (moi aussi j’aime les points de suspension…) ;)

    Et toi, Serial Lectrice, est-ce que tu écris tous les jours?

    Répondre à Anne
    • Serial Lectrice

      Oui, un peu comme un muscle qui se fortifierait au fil des entraînements… Si on considère le blog comme de l’écriture, oui, j’écris tous les jours ;) Si on parle de fiction, j’en écris moins qu’à l’adolescence (quand on est ado, on ne profite pas assez de tout le temps libre qu’on a !).

      Répondre à Serial
  • Nombre Premier

    Bonjour Serial Lectrice

    Je l’ai lu y a quelque temps déjà, et c’est un livre passionnant et enrichissant – j’ai la même version que la tienne. Je me souviens quand il décrit ses nombreux retours négatifs, et surtout le moment où il commence à y avoir quelques annotations, des phrases conseils pour qu’il s’améliore. Un vrai trésor pour lui. Et aussi des conditions pas toujours confortables dans lesquelles il écrivait – je me souviens d’un bureau d’enfant, d’une machine à écrire posée sur ses genoux…

    L’Art de la fiction de David Lodge est un livre que je te recommande. Il est très différent d’Ecriture, mais tout aussi riche de conseils, et est fait de nombreux chapitres d’une dizaine de pages à lire dans l’ordre que l’on souhaite et qui contiennent des extraits originaux et leurs traductions.

    Répondre à Nombre
    • Serial Lectrice

      Merci pour le conseil ! Je pense aussi lire celui que recommande Stephen King (“The Elements of Style” de William Strunk Jr. et E. B. White). Même si certains conseils ne seront pas applicables au français, on a toujours des choses à apprendre de ce type de livre pour s’améliorer.

      Répondre à Serial
  • Alessak

    Je suis une grande fan de Stephen King mais je n’ai pas encore lu celui-ci, mais tu m’as vraiment donné envie de le lire, il a l’air vraiment très intéressant.

    Répondre à Alessak
  • flou

    je l’ai lu il y a longtemps et c’est effectivement un livre qui m’a aussi beaucoup marqué, et auquel je me réfère souvent mentalement (et souvent au sujet des fameux adverbes justement!), quand j’écris mais pas seulement… l’honnéteté, l’utilité de la boite à outils… ce livre est plein de bons conseils en général dans la vie!

    Répondre à flou
    • Serial Lectrice

      Rhooo, j’ai compté 9 adverbes dans ton commentaire, on dirait moi avant relecture ;) Car oui, grâce à Stephen King, je me relis pour en enlever. Ses conseils sont à son image : directs, donc efficaces !

      Répondre à Serial
  • Alex Reeve

    C’est un livre tres intéressant. King nous permet de plonger dans sa façon de travailler qui lui a permi d’écrire autant de succès et c’est fascinant. Apres a chacun de trouver sa façon d’écrire qui lui convient.
    Je ne sais pas si elle y est dans la version française mais dans la version anglaise du livre il y a une nouvelle a la fin du livre par le laureat d’un concours organisé par King qui est excellente.

    Répondre à Alex
    • Serial Lectrice

      Ah, je n’ai pas cette édition. Dans la mienne, il y a bien une nouvelle (“The Hotel Story”) mais écrite par Stephen King (elle figure sous le titre Chambre 1408 dans le recueil “Tout est fatal” que j’ai critiqué sur le blog). Il se sert de l’exemple pour expliquer son processus de correction d’un premier jet. De quoi parle la nouvelle du lauréat ?

      Répondre à Serial
  • Bouquiner

    J’avais commencé à le lire, mais en format électronique, il faudrait que je m’y remette :)

    Répondre à Bouquiner
  • Fay

    J’ai adoré ton article. Déjà, je suis une fan inconditionnelle de Stephen King, j’ai un pas mal de ses bouquins et je ne compte pas m’arrêter en chemin. Je n’ai pas lu celui que tu présentes (par manque de temps, j’essaye aussi d’alterner mes lectures avec d’autres auteurs). Par contre, tu m’as sacrément donné envie. Quand on lit beaucoup, on a derrière la tête qu’un jour, peut-être, on pourrait écrire. Ecrire un truc vraiment bien. Et je pense que la lecture de cette autobiographie pourrait m’être d’une très grande utilité. Merci de m’avoir donné envie :) Je reviendrai lire tes critiques, car j’aime beaucoup ta plume : simple mais efficace. Bonne journée. Fay du blog Mon petit fourbi

    Répondre à Fay
    • Serial Lectrice

      Si tu es fan de Stephen King, tu devrais apprécier ce livre. Je ne l’ai pas dit dans la critique mais il évoque aussi plus en détail certaines œuvres : par exemple, comment il a trouvé l’inspiration du personnage de Carrie. Il nous montre à quel point notre propre vie peut alimenter notre imagination.

      Répondre à Serial
    • Fay

      Ah oui d’accord, faut vraiment que je le lise alors ! Merci :)

      Répondre à Fay
Si vous aimez les articles du site, n'hésitez pas à faire vos achats sur Amazon.fr via ce lien ; il me permettra de toucher une commission grâce au programme Partenaires Amazon EU.