L’exposition Beate et Serge Klarsfeld au Mémorial de la Shoah


Peut-être que le nom de Serge et Beate Klarsfeld ne vous dit rien. « Les Klarsfeld », comme on les appelle souvent tant ils semblent indissociables, œuvrent pourtant sans relâche depuis plusieurs décennies pour la reconnaissance de la Shoah, la condamnation des criminels nazis en fuite et les droits des victimes. Le Mémorial de la Shoah organise en 2018 une exposition Beate et Serge Klarsfeld pour raconter leur combat…

Serge et Beate Klarsfeld, deux destins et une rencontre

L’exposition se déroule dans plusieurs espaces où l’on suit le parcours de ce couple, dont la rencontre paraissait improbable ! La première salle nous présente justement les débuts de leurs histoires respectives…

Serge Klarsfeld est né en Roumanie, de parents qui se sont rencontrés à Paris. C’est là qu’il grandit et que survient l’événement qui va bouleverser sa vie : le 30 septembre 1943, les SS viennent arrêter sa famille, alors installée à Nice. Le père de Serge, Arno, a juste le temps de cacher sa femme et ses deux enfants dans une armoire à double-fond avant d’être déporté dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Il n’en reviendra pas.

« Cette nuit de la rafle est restée toute ma vie, comme pour tous les enfants juifs qui ont connu des rafles et perdu des êtres chers, une référence qui a forgé mon identité juive. Je n’ai hérité de cette identité ni par la religion ni par la culture : mon identité juive, c’est la Shoah en arrière-plan et un indéfectible attachement à l’Etat juif, l’Etat d’Israël »

(Citation extraite des Mémoires de Serge Klarsfeld et présentée dans l’exposition Beate et Serge Klarsfeld au Mémorial de la Shoah)

Serge Klarsfeld fera par la suite de brillantes études d’histoire et de politique à Paris, qui lui permettront de décrocher des bourses et d’entreprendre ses premiers voyages.

De son côté, Beate Klarsfeld est née en Allemagne à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, une Allemagne déjà marquée par le nazisme. Son père est mobilisé pour rejoindre l’armée allemande. Elle grandit avec un mot d’ordre très ancré dans sa famille traditionaliste : la règle des 3K (Kinder, Küche, Kirche : les enfants, la cuisine, l’église)… Mais la jeune fille, après la guerre, refuse de se fondre dans ce moule.

A peine majeure, elle quitte sa famille pour aller s’installer à Paris. C’est là que, devenue jeune fille au pair, elle rencontre Serge Klarsfeld qu’elle épouse en 1963. Beate Klarsfeld est une femme inspirante pour notre génération : femme moderne, qui croit en ses combats… et se distingue par l’action !

C’est vraiment ce qui ressort de cette femme au caractère bien trempé, que l’on découvre à travers une foule de documents. Très tôt, elle s’est impliquée pour défendre la cause des jeunes filles au pair allemandes à Paris… Une militante dans l’âme, une femme impliquée pour la justice. Le combat de Serge Klarsfeld est peut-être, au départ, beaucoup plus intime par le drame personnel qui l’a touché.

Mais c’est ensemble qu’ils vont devenir « les Klarsfeld », artisans d’actions spectaculaires et de grandes avancées dans la mémoire de la Shoah.

Le Mur des Justes au Mémorial de la Shoah
Le Mur des Justes au Mémorial de la Shoah

La gifle, épisode capital du parcours des Klarsfeld

Dans la seconde partie de l’exposition, nous découvrons une période charnière du combat des Klarsfeld… qui les a projetés dans la lumière, a suscité le débat en Allemagne – et ailleurs : la gifle et ses conséquences.

Mais de quoi s’agit-il exactement ? En 1966, Beate Klarsfeld apprend par la presse française que le candidat à la chancellerie allemande, Kurt Kiesinger, a été membre du parti nazi et a occupé un rôle de premier plan dans celui-ci. Kiesinger était chargé de la propagande radio et faisait le lien entre Ribbentrop et Goebbels… Autrement dit, il n’était pas un membre passif du parti, ayant rejoint le nazisme sans réelle intention militante comme ont pu le faire d’autres Allemands à l’époque. C’était un membre actif et impliqué.

Les Klarsfeld décident alors de préparer une action retentissante pour alerter l’opinion publique sur cette situation déplorable, où un homme au passé honteux se retrouve propulsé à la tête de l’Allemagne, une vingtaine d’années après la fin de la guerre.

Ils élaborent un plan soigneux qui a été pensé dans les moindres détails, en anticipant les conséquences judiciaires du geste que Beate Klarsfeld se prépare à commettre. Elle interrompt d’abord un discours du chancelier en l’incitant à la démission et en soulignant son passé de nazi… puis elle prend la décision de le gifler en public pour marquer l’opinion et ouvrir le débat. Elle finit par y parvenir et à seulement 29 ans, elle devient un véritable symbole de la lutte contre les nazis.

L’exposition Beate et Serge Klarsfeld nous montre tout ce qui a suivi cette gifle : une quête de vérité et de justice. Chacun a son réseau, en France pour Serge, en Allemagne pour Beate, et se retrouve tour à tour sur le devant de la scène médiatique ou travaillant dans l’ombre pour mener de nombreuses recherches documentaires.

Exposition Serge et Beate Klarsfeld - Mémorial de la Shoah
Exposition Serge et Beate Klarsfeld – Mémorial de la Shoah

Une quête de justice

Les Klarsfeld cherchent d’abord à aboutir au jugement des criminels nazis qui mènent une vie normale en toute impunité. Ils mettent sur pied des actions choc : harcèlement, tentatives d’enlèvement, Beate s’enchaîne dans des lieux publics… le but étant de mobiliser les médias afin de servir leur cause.

La chose extrêmement frappante dans le combat du couple Klarsfeld, ce sont les obstacles auxquels Serge et Beate se heurtent. Très souvent, les autorités allemandes et les médias allemands s’impliquent peu, comme s’ils désiraient enfouir ce passé… Alors que les autorités savent parfaitement où se cache Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon et instigateur de multiples rafles, l’Allemagne n’intervient pas.

Au terme d’un long et difficile combat, les Klarsfeld obtiennent que Klaus Barbie soit extradé et jugé à Lyon (il mourra en prison 4 ans plus tard après une condamnation à perpétuité).

Les Klarsfeld dérangent… et les conséquences ne se limitent pas à quelques commentaires acerbes dans la presse : ils sont victimes de plusieurs attentats (bombe à retardement, colis piégé…). Plusieurs décennies après la Seconde Guerre Mondiale, on prend conscience que leur combat dérange ceux qui aimeraient étouffer le passé.

La mémoire de la Shoah

Le couple travaille aussi sur la mémoire de la Shoah… notamment à travers le recueil de nombreux témoignages de déportés. Serge Klarsfeld a aussi fondé en 1979 l’association Fils et filles de déportés juifs de France, s’est impliqué dans la création de lieux de mémoire (Mémorial de la déportation des Juifs de France en Israël, mémorial au niveau de la Judenrampe près de Birkenau en Pologne, etc).

Il a également publié Le Mémorial de la déportation des Juifs de France avec la liste des déportés français classés par convoi, Le Mémorial des Enfants, somme considérable de documents sur les enfants déportés…

Le Mémorial de la déportation des Juifs de France
Le Mémorial de la déportation des Juifs de France

L’exposition Beate et Serge Klarsfeld, le combat de toute une vie

La dernière salle de l’exposition montre à quel point les Klarsfeld n’ont jamais abandonné, jusqu’au duel politique récent entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, où ils ont clairement appelé au vote contre le FN.

On découvre ainsi leurs médailles de la Légion d’Honneur, leurs combats plus récents… Une anecdote montre bien leur approche, toujours astucieuse et créative : un jour, ils ont appris que François Mitterrand faisait chaque année déposer des fleurs sur la tombe du maréchal Pétain, chef du régime de Vichy et responsable de la collaboration de l’Etat français avec l’Allemagne nazie, les Klarsfeld ont à leur tour fait livrer des fleurs à François Mitterrand… avec un message de remerciement factice signé Philippe Pétain.

Une fine ironie… et un message fort !

Officier et Grand Officier de la Légion d'Honneur
Officier et Grand Officier de la Légion d’Honneur

Le couple a écrit dans ses Mémoires :

« Il faudra toujours défendre le souvenir de la Shoah, et en empêcher le renouvellement sous quelque forme que ce soit en défendant les valeurs d’une véritable démocratie politique et sociale et en essayant de l’étendre aux limites de notre planète ».

Message reçu !

Cette exposition est riche en documents prêtés par le couple Klarsfeld lui-même. Elle offre un panorama de qualité (quoique synthétique) de leur combat et des obstacles qu’ils ont rencontrés au sein même des plus grandes instances politiques et médiatiques. Elle fait prendre conscience aux générations suivantes de l’importance de s’engager pour la justice (bien au-delà du sujet de la Shoah, d’ailleurs), pas seulement par la pensée mais aussi par des actes.

L’exposition, intitulée Beate et Serge Klarsfeld, les combats de la mémoire (1968-1978), se déroule jusqu’au 29 avril 2018 au Mémorial de la Shoah à Paris (17 rue Geoffroy L’Asnier – métro Saint-Paul, Hôtel de Ville ou Pont-Marie).

L’entrée est gratuite, vous pouvez y aller de manière autonome ou profiter d’une visite guidée les 1er février, 1er mars ou 5 avril de 19h30 à 21h.


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