Des gens comme les autres, Robert Redford : une famille face à la mort d’un enfant


Des gens comme les autres – Résumé

La famille Jarrett vit dans l’opulence et le bonheur : une belle maison, un couple marié depuis plus de 20 ans, deux garçons qui ne rencontrent aucune difficulté à l’école… Mais un drame vient déchirer leur quotidien idyllique : l’aîné des garçons, Buck, meurt subitement.

Plusieurs mois après le drame, la famille semble avoir retrouvé une vie ordinaire : le cadet, Conrad, est retourné au lycée ; ses parents, Beth et Calvin, ont recommencé à sortir. Si l’on se fiait aux apparences, on pourrait presque croire que tout va bien.

Mais cette façade cache une réalité plus sombre : Conrad va profondément mal et peine à remonter la pente, entre une mère avec laquelle il a du mal à établir un lien et un père qui semble parfois voir la vie avec des lunettes roses…


RéalisateurRobert Redford.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆
Des gens comme les autres, Robert Redford

Des gens comme les autres – Critique

Des gens comme les autres est un film plein de sensibilité sur une famille confrontée à un chapitre clé de son histoire : le deuil.

Toutes les familles connaissent des épisodes marquants, qui peuvent être heureux ou malheureux : des déménagements, des décès, des bonheurs ou des tragédies inattendus. Tous ces événements forgent leur mémoire et ont le pouvoir de tisser ou de distendre les relations. Bien souvent, la vie suit son cours sans qu’un moment fort et collectif ne pousse à se pencher sur cet historique.

Dans le film de Robert Redford, un drame va au contraire conduire un couple et leur enfant à remettre à plat toutes les dynamiques familiales, à la recherche d’un équilibre.

On se trouve face à trois personnalités : le père, Calvin (Donald Sutherland), semble être d’une nature assez souple, facile à vivre, sensible et soucieux de préserver l’harmonie des relations au sein de sa famille ; la mère, Beth (Mary Tyler Moore), est beaucoup plus rigide et attachée aux apparences, elle ne veut pas perdre la face même lorsque ses émotions sont rudement mises à l’épreuve ; quant à Conrad (Timothy Hutton), il occupe la place difficile de l’enfant survivant et a tendance à refouler ce qu’il ressent.

C’est lui qui est au centre de l’intrigue, un rôle pas facile à tenir pour un jeune acteur comme Timothy Hutton, dont c’était le premier gros rôle au cinéma… mais bien assumé.

Conrad était présent lors de la mort de son frère et il est en proie à un véritable tourbillon d’émotions où se mêlent la culpabilité et la souffrance. Il est confronté au quotidien à un entourage qui ne sait pas vraiment comment réagir face à lui : les gens sont parfois mal à l’aise, gênés, cherchent à se montrer compréhensifs sans forcément offrir au jeune homme l’oreille attentive dont il aurait parfois besoin…

Sa mère en particulier paraît fermée à toute discussion. Mary Tyler Moore, qui nous a quittés en 2017, est parfaite dans le rôle de Beth, une femme très psychorigide qui semble se réfugier dans un souci extrême du paraître plutôt que d’affronter des émotions, que ce soient les siennes ou celles des autres. Elle est très douée pour leur tourner le dos, parfois même au sens littéral.

Elle est, par exemple, convaincue que dans une famille intelligente, les problèmes peuvent se régler sans avoir besoin de consulter un psy, une solution réservée – dans son échelle de valeurs – aux gens faibles qui ont besoin d’une aide extérieure.

Elle est néanmoins très appréciée au sein de son cercle relationnel, peut-être justement en raison de sa capacité à ne jamais mentionner ses problèmes ! J’avoue l’avoir trouvée assez exaspérante par son indifférence… mais justement, c’est ce côté insupportable qui crée un contraste très intéressant et une dynamique passionnante avec son mari, un homme qui a bien moins peur d’exprimer ce qu’il ressent.

Mary Tyler Moore (Beth) et Timothy Hutton (Conrad)
Mary Tyler Moore (Beth) et Timothy Hutton (Conrad)

La mort de l’aîné fait ressortir certaines tensions qui donnent l’impression d’avoir en réalité toujours existé : Conrad vivait déjà dans l’ombre de son frère, étant plus petit et ayant moins confiance en lui que Buck à qui tout souriait ; l’indifférence apparente de Beth existait sûrement déjà sans que nul n’en ait vraiment pris ombrage… Quant à Calvin, sa sensibilité lui donne parfois un côté un peu mou, comme s’il préférait ne pas s’affirmer afin d’éviter tout conflit.

La famille exprime une forme de perfection apparente qui relève presque de l’excès. Depuis sa sortie en 1980, le film a vieilli mais je pense que l’impression qui s’en dégage reste intemporelle : on voit une famille riche, qui vit dans une maison très vaste et parfaitement agencée, qui mène la vie de ceux qui n’ont aucune contrainte financière. Cet environnement ne fait que souligner le chaos relationnel qui émerge.

Le personnage très intéressant du Dr Berger (un psychiatre joué avec brio par Judd Hirsch) crée un vrai contraste entre un monde de retenue et un monde où l’on peut crier, hurler, jurer pour évacuer sa colère…

« Les sentiments font peur. Et parfois ils font mal. Mais si l’on ne peut pas ressentir la douleur, alors on ne peut rien ressentir d’autre non plus » (Le Dr Berger)

L’expression des sentiments est au cœur du film Des gens comme les autres. J’avais peur de m’ennuyer pendant ces deux heures, n’appréciant pas d’habitude les histoires de famille… mais ici, Robert Redford a su me captiver d’un bout à l’autre de l’intrigue, grâce à de subtils crescendos et des scènes, bien placées, qui allègent la tension émotionnelle intense du film (Conrad chantant à tue-tête « Alleluia » me laisse un souvenir assez… mémorable !).

Avis favorable, donc !


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