Inconnu à cette adresse, K. Kressmann Taylor : des lettres échangées en pleine montée du nazisme


Inconnu à cette adresse – Résumé

San Francisco, 1932. Max Eisenstein, juif américain, a fondé avec son ami de longue date Martin Schulse une galerie d’art prospère qui leur a permis de se mettre à l’abri du besoin.

Martin, père de famille d’origine allemande, a décidé de retourner vivre à Munich afin de pouvoir élever ses enfants dans la patrie qui lui est chère, lui qui ne s’est jamais vraiment senti américain. Une décision que Max comprend, même s’il lui est difficile de se séparer de son ami.

Les deux hommes débutent donc une correspondance par lettres interposées. L’occasion pour eux de se tenir au courant de leurs affaires respectives mais aussi, au nom de leur amitié, de s’informer du quotidien de l’autre. Depuis les Etats-Unis, Max entend d’étranges et inquiétantes rumeurs en provenance d’Allemagne : la montée en puissance d’un dénommé Hitler et des histoires évoquant des juifs victimes d’actes barbares. Cas isolés ou source d’inquiétude réelle ?


Auteur.
Taille du livre127 pages (avec commentaire).
Note – ★★★★☆
Inconnu à cette adresse, Kathrine Kressmann Taylor

Inconnu à cette adresse – Critique du livre

Kathrine Kressmann Taylor a publié Inconnu à cette adresse en 1938. Etant d’origine allemande, elle avait à l’époque la volonté d’attirer l’attention du public américain sur les événements qui se déroulaient en Allemagne. Dès sa sortie, la nouvelle a connu un succès incroyable, étant d’abord republiée par le Reader’s Digest puis éditée en livre… un livre que 50000 personnes se sont arraché à sa sortie.

En Allemagne… il a tout simplement été banni.

L’histoire est très courte, quelques dizaines de pages (et un long commentaire de l’oeuvre si vous achetez une édition papier)… mais elle est poignante. Deux hommes ont noué une solide amitié et, unis par leur passion pour l’art, ont fondé une galerie à San Francisco. Avec un sens des affaires indéniable, ils ont fait prospérer leur activité.

Max Eisenstein est juif et célibataire. Sa petite soeur Griselle est actrice à Vienne et se voit vite proposer un rôle à Berlin. Martin Schulse, quant à lui, est allemand de souche, marié et père de famille. Sa femme Elsa ne cesse d’ailleurs de tomber enceinte.

Désireux d’élever ses enfants dans sa patrie natale, Martin décide de repartir vivre en Allemagne avec ses proches, laissant derrière lui son ami Max. C’est ainsi qu’ils commencent à échanger des lettres, livrées en l’état, sans narration autour… si bien qu’en tant que lecteur, on découvre le contenu de chaque courrier en même temps que son destinataire.

Les premières lettres rayonnent de l’amitié profonde qui unit Max et Martin. Elles sont chaleureuses, enjouées, pétulantes comme lorsque Max raconte qu’il essaie de fourguer une oeuvre hideuse à une acheteuse potentielle aussi fortunée qu’elle a mauvais goût.

Mais rapidement, la conversation s’oriente vers les événements politiques qui se déroulent en Allemagne. Un homme prénommé Hitler commence à faire parler de lui et tout naturellement, Martin profite de ses échanges avec Max pour lui confier ses incertitudes vis-à-vis de cet homme.

Il est d’ailleurs assez partagé. D’un côté, Hitler a la capacité à mobiliser le peuple. De l’autre, on entend parler de persécutions menées contre les Juifs. Nous sommes alors en 1933. La Seconde Guerre Mondiale n’a pas encore eu lieu et est même encore bien éloignée… et pourtant, des frémissements de quelque chose d’anormal existent déjà.

« Il ne s’agit peut-être là que d’incidents mineurs : la petite écume trouble qui se forme en surface quand bout le chaudron d’un grand mouvement. […] On a trouvé un Guide ! Pourtant, prudent, je me dis tout bas : où cela va-t-il nous mener ? Vaincre le désespoir nous engage souvent dans des directions insensées », écrit Martin.

Quand on écoute les témoignages de ceux qui ont vécu la Shoah, c’est ainsi qu’Hitler semblait effectivement être perçu par beaucoup au tout début de son ascension vers le pouvoir. L’Allemagne était dans une situation économique terrible et beaucoup se sont tournés vers celui qui apparaissait comme « l’homme providentiel » qui allait les sortir du désespoir.

Peu à peu, dans Inconnu à cette adresse, on suit la façon dont Max et Martin traversent, chacun de leur côté, la montée du nazisme… et forcément, la distance géographique qui existe entre eux, le fait que l’un soit juif et l’autre non, révèlent deux perspectives différentes sur ce chapitre dramatique de l’histoire.

En Allemagne, Martin commence à se laisser séduire par le régime nazi. Un peu parce qu’il estime ne pas avoir le choix s’il veut conserver le statut social qui lui est cher, un peu parce qu’il baigne dans un environnement où les discours ambiants sur les Juifs commencent à déteindre sur ses opinions… Aux Etats-Unis, Max entend avec horreur de plus en plus d’histoires qui révèlent la barbarie du régime.

Avec ce livre, Kathrine Kressmann Taylor fait preuve d’une perspicacité rare sur les événements et j’avoue qu’en lisant, j’ai d’abord cru que la nouvelle Inconnu à cette adresse avait été écrite bien après la Seconde Guerre Mondiale.

C’est, à bien des égards, un livre très sobre. L’écriture, soignée, reste facile d’accès et la lettre appelle de toute façon un style plein de spontanéité que l’auteur adopte à merveille.

L’absence de narration, l’absence d’un point de vue « omniscient » qui analyserait les émotions des personnages ou replacerait ces lettres dans un contexte plus large nous plonge pleinement dans la façon dont le régime nazi a pu impacter des êtres humains, à une échelle beaucoup plus « microscopique » que celle de la société allemande toute entière.

C’est un tout petit livre qui vaut le détour si vous vous intéressez à la Seconde Guerre Mondiale !


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4 commentaires sur “Inconnu à cette adresse, K. Kressmann Taylor : des lettres échangées en pleine montée du nazisme

  • Bakhtache

    Svp aidez moi j’ai ce livre à lire je l’ai lu mais j’ai rien compris pouvais vous me répondre quel est le point vu de Martin sur Hitler qui évolue tout au longue de l’œuvre ?

    Répondre à Bakhtache
    • Marlène

      Bonjour, je ne peux pas faire les devoirs scolaires ;) En plus, je donne déjà pas mal d’éléments dans l’article sur ce que Martin pense de Hitler et sur la façon dont ça évolue dans le livre, il suffit de lire ce que j’ai écrit.

      Répondre à Marlène
  • Chlo Plume

    J’ai lu ce livre au lycée. Je l’ai tout simplement adoré. Bien écrit, pertinent, on a de la peine à croire, avec le recul des générations d’après la Seconde Guerre Mondiale, que ce livre fut écrit avant le début de la guerre …

    Répondre à Chlo
    • Serial Lectrice

      J’aurais aimé lire ça au lycée, c’est le genre de livre qui fait profondément réfléchir sur l’histoire, d’une manière très différente qu’un cours basé sur une liste de dates et d’événements.

      Répondre à Serial
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