Kinderzimmer, Valentine Goby


Kinderzimmer – Résumé

Mila a 20 ans lorsqu’elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Sous la peau encore plate de son ventre se cache un secret dont elle ignore s’il aura du poids dans son avenir : elle est enceinte.

Peut-on donner la vie dans ce lieu où la boue, la faim, les poux et les maladies se disputent les honneurs ? Et qu’arrive-t-il aux bébés que l’on place dans la “Kinderzimmer”, la chambre des enfants ?

Mila vit une histoire sur laquelle la “grande Histoire” n’a pas encore mis de mots. Elle vit Ravensbrück au présent, se demandant chaque jour s’il y aura un demain. L’espoir de survivre chevillé au corps, elle raconte son combat silencieux…


Auteur.
Taille du livre224 pages.
Note – ★★★★☆
Kinderzimmer, Valentine Goby

Kinderzimmer – Critique

Kinderzimmer est un superbe récit qui tente de mettre des mots sur l’innommable : être enceinte dans un camp de concentration.

Le récit s’ouvre sur une image : une vieille dame vient raconter à des lycéens sa déportation à Ravensbrück comme prisonnière politique pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une jeune fille la questionne alors : savait-elle, à l’époque, où elle partait ? Et quand l’a-t-elle compris ?

Cette question en apparence anodine réveille le souvenir d’une époque qu’elle a vécue dans une temporalité différente : en 1944, elle n’est pas un témoin de l’Histoire mais simplement Mila, une femme en début de grossesse envoyée quelque part au fin fond de l’Allemagne, dans un lieu dont elle ne sait rien.

“Elle n’aurait pas pu comprendre qu’elle allait à Ravensbrück, quand bien même elle aurait su ce nom il n’aurait évoqué qu’un assemblage de sons gutturaux et sourds, ça n’aurait eu aucun sens avant d’y être, avant de le vivre”.

Son ventre encore plat ne révèle rien de ce petit être qui grandit en elle et elle décide, à son arrivée dans le camp, de cacher la vérité. Ce qu’est Ravensbrück, elle va l’apprendre au fil des jours, se familiarisant avec le vocabulaire du camp comme on apprend les codes d’un groupe que l’on vient d’intégrer. Des bribes d’allemand glanées çà-et-là… Quelques mots empruntés à la langue des prisonnières avec lesquelles elle partage des châlits bondés.

L’écriture est hachée, comme un souffle que l’on retient sans cesse, comme ces questions qui tourbillonnent dans la tête de ces femmes, comme les réponses qui ne viennent pas. Les prisonnières sont comme absentes, leur corps et leur esprit tourné vers un seul objectif : survivre, gagner des jours pour attendre l’hypothétique fin de la guerre…

Valentine Goby nous plonge de l’intérieur dans la vie du camp. Son horreur mais aussi, quelque part, la toile fine et pourtant solide qui se tisse entre les femmes. La résistance, toujours, se faufile au milieu de la souffrance. Pourquoi les unes meurent quand les autres tiennent ? Pourquoi le mental s’accroche par un fil ténu ?

Il en résulte un style particulier, qui m’a touchée mais qui dérangera peut-être certains lecteurs : on s’immerge dans une forme d’anesthésie mentale où Mila ne raconte que ce qu’elle voit du camp, c’est-à-dire pas grand-chose. Elle n’a pas ce point de vue omniscient sur Ravensbrück qui serait celui de l’historien racontant le passé. Elle a le point de vue d’une femme qui vit le camp de concentration au présent.

Et la “Kinderzimmer” alors ? C’est cette pièce, dans le camp, où l’on conduit les bébés qui viennent de naître. Que leur arrive-t-il ? Mila l’ignore longtemps et cette incertitude la ronge au plus profond d’elle-même. Après tout, on n’a jamais vu de bébés à Ravensbrück…

Le roman de Valentine Goby est puissant, intelligent, les mots s’y bousculent comme dans ce drame dont on s’efforce de s’échapper. C’est terrible et indispensable à la fois…


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