La liste de Schindler, Steven Spielberg


La Liste de Schindler – Résumé

La Seconde Guerre Mondiale fait rage en Europe avec son cortège d’horreurs. Mais la période n’est pas noire pour tout le monde. Un riche industriel, membre du parti nazi, Oskar Schindler, profite au contraire des événements pour développer ses usines et s’enrichir.

Mais si Schindler ne soupçonne pas l’existence de la Shoah à ses débuts, il prend vite conscience de la tragédie que le peuple juif est en train de subir et décide de prendre tous les risques pour sauver 1100 Juifs.

Depuis le ghetto où ils ont été parqués jusqu’au camp de concentration de Płaszów, près de Cracovie, dirigé par un homme d’une cruauté inouïe, Amon Göth, Schindler va marcher sur un fil fragile : fraterniser avec ses amis du parti… tout en protégeant des hommes et des femmes que ce même parti traque jusqu’à l’anéantissement.

Acte de bravoure ou acte d’humanité ? La question est posée dans ce film mythique de Steven Spielberg.


RéalisateurSteven Spielberg.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★★
La liste de Schindler, Steven Spielberg

La liste de Schindler – Critique

Il y a toujours des films dont on entend qu’on DOIT les avoir vus. “Tu ne PEUX PAS ne pas avoir vu ce film, être passé à côté de tel ou tel monument”. La liste de Schindler de Steven Spielberg en fait partie. Même sans rien y connaître au cinéma, je l’ai vu. Plusieurs fois. J’ai pleuré. A chaque fois.

La Seconde Guerre Mondiale reste l’un de mes sujets favoris, à l’écran comme dans la littérature. Mais récemment, une personne m’a dit : “Je trouve qu’on en parle trop”. Cette réflexion, je l’avoue, m’a choquée. A mes yeux, on n’en parlera jamais trop. Oui, ça fera bientôt 70 ans que cette guerre est terminée. Oui, il y a d’autres conflits ailleurs. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ces millions de gens qui ont perdu la vie dans des circonstances dégradantes, détestables, impardonnables.

Face à un film qui évoque la Shoah, c’est à eux que l’on pense. C’est leur souvenir qui fait qu’on regarde ces films avec autre chose qu’une émotion purement cinématographique. C’est l’horreur de se dire que c’est vraiment arrivé. C’est le dilemme moral auquel ça nous renvoie : qu’aurions-nous fait, nous, à la place de tel ou tel personnage ? Je ne suis finalement pas surprise quand des gens me disent qu’ils ont choisi de ne pas regarder La liste de Schindler par peur d’un trop-plein d’émotions.

Cette émotion, on a le choix de se l’épargner ou de l’accepter : si vous le faites, elle vous saisira très vite dans ce film. Mais ce n’est pas seulement l’horreur, la violence, la boue, les humiliations. Ce sont aussi des moments où l’être humain révèle ce qu’il y a de plus beau en lui : l’empathie et la solidarité. Et de ce film, c’est ce que l’on retient…

J’avais vu La liste de Schindler il y a de nombreuses années. Après avoir regardé Mephisto d’István Szabó (un film qui se déroule au moment de la montée du nazisme en Allemagne), j’ai eu envie de revoir La Liste pour l’évoquer sur le blog.

C’est une histoire vraie, que Spielberg a su raconter en dosant avec beaucoup de justesse les scènes fortes qui captent l’attention du spectateur et la pudeur qui sied à une histoire biographique. Là où Le Pianiste retraçait vraiment le parcours d’un homme, La Liste de Schindler nous entraîne davantage dans un “système global”. Le ghetto, les camps, le régime nazi, l’économie de la guerre. Avec au premier plan, trois hommes. Trois destins qui sont autant de facettes de cette guerre.

Le premier, Oskar Schindler (Liam Neeson), est un industriel allemand membre du parti nazi, qui entend profiter de la guerre pour s’enrichir. La main d’oeuvre juive étant bon marché, il s’attache les services du comptable Itzhak Stern (Ben Kingsley), un homme brillant dont l’existence est menacée par sa seule appartenance religieuse. Au départ, c’est un choix purement stratégique, purement économique : un travailleur compétent, qui ne coûte pas grand-chose, ce sont des arguments suffisants pour que Schindler conserve Stern à ses côtés.

Entraîné dans la grande marche de l’Histoire, Schindler mesure peu à peu l’ampleur du génocide en cours et décide, au péril de sa vie, de sauver autant de Juifs que possible. Une entreprise risquée, à plus forte raison parce que Schindler doit tirer ses ouvriers et ouvrières des griffes du commandant Amon Goeth (Ralph Fiennes), placé à la tête du camp de Plaszow en Pologne.

Amon Göth (ou Goeth) a laissé dans l’histoire du nazisme une trace indélébile tant sa violence et sa malhonnêteté ont été grandes. Avant même d’être capturé par les Alliés à la fin de la guerre, il a été mis à pied par les SS eux-mêmes car il volait les possessions des Juifs emprisonnés dans son camp (or, dans le Troisième Reich, elles appartenaient à l’État donc les voler, c’était voler l’État lui-même).

Amon Goeth, joué par Ralph Fiennes
Amon Goeth, joué par Ralph Fiennes

L’interprétation est superbe de finesse et de complexité. Un personnage comme Amon Göth, justement, aurait aisément pu être joué comme un monstre sanguinaire sans aucune forme de nuance tant l’homme se montre cruel et adepte des châtiments arbitraires. Mais Ralph Fiennes va au-delà. Il nous montre l’homme derrière le monstre, la capacité de Goeth à gracier certaines personnes, à hésiter parfois, la pression à laquelle il s’estime soumis en tant que responsable d’un camp.

Des nuances dans l’horreur, certes, mais des nuances qui donnent au personnage une vraie profondeur. Le vrai Goeth a eu quatre enfants, dont certains ont témoigné publiquement (Monika, sa fille par exemple)… Je ne peux m’imaginer le poids d’un tel héritage familial, que même les générations suivantes ressentent encore (cf le témoignage de Jennifer Teege, la petite-fille d’Amon Goeth).

Et Schindler ! Comment exprimer en quelques mots la valeur de ses choix, la portée de son courage ? D’une certaine manière, sa résistance au système n’est pas un acte de bravoure. C’est la seule voie qui s’impose à lui, la seule qui paraît juste, évidente. Le livre Seul dans Berlin, une très belle fiction sur la résistance au nazisme, exprime cette même idée d’un acte de résistance qui s’exprime de lui-même, parce qu’on sent qu’on n’a pas d’autre choix face à une situation humainement intolérable.

Itzhak Stern (Ben Kingsley) et Oskar Schindler (Liam Neeson)
Itzhak Stern (Ben Kingsley) et Oskar Schindler (Liam Neeson)

Le film est entièrement en noir et blanc, avec un travail sur les lumières à couper le souffle. Seule une note de couleur rouge se glisse dans une scène, revêtant une portée dramatique sans précédent : une petite fille marchant seule et ignorée de tous dans une scène d’apocalypse, belle et innocente dans son manteau coloré. Cette petite fille a vraiment existé. Elle avait d’ailleurs gommé cet épisode de sa vie de sa mémoire ; c’est en allant à une avant-première du film qu’elle se serait reconnue. Elle a par la suite raconté son histoire dans un livre, La Petite Fille au manteau rouge.

Toutes ces images sont dures. A chaque fois que l’on revoit le film, c’est une image qui, plus que les autres, capture notre attention. Comme ces pierres tombales que l’on demande aux prisonniers de retirer, un ancien cimetière juif détruit pour construire le camp de Płaszów… Des pierres tombales que l’on retrouve dans le plan suivant, où elles ont servi à construire une route dans le camp.

Les 1100 vies sauvées par Schindler paraissent si peu nombreuses au regard de toutes celles perdues. Mais c’est là le risque des chiffres : oublier que 1100 vies sauvées, ce sont 1100 êtres humains VIVANTS là où tant d’autres ont succombé. C’est une réflexion que je me fais à chaque fois que les médias font défiler ce type de chiffre. Dans le sens inverse, on se réjouit qu’il n’y ait eu “que” 3250 morts sur les routes de France en 2013. Mais ce sont 3250 êtres humains qui ne sont pas rentrés chez eux un soir. En pensant “vie” au lieu de penser “chiffres” avec La liste de Schindler, on retient donc surtout le message de solidarité et d’humanité qui s’exprime à travers ces 1100 vies sauvées.

La musique, elle aussi, est de toute beauté, mélancolique et émouvante. Coup de cœur tout particulier pour le thème principal, composé par John Williams et interprété par l’un des plus grands violonistes israéliens (Itzhak Perlman)… et pour la chanson populaire Yerushalayim Shel Zahav.

Si vous voulez en savoir plus sur la véritable histoire de la Liste de Schindler, je vous conseille le passionnant livre de Mietek Pemper : c’est un témoignage, celui d’un homme qui était le secrétaire (juif) d’Amon Göth dans le camp de concentration de Plaszow évoqué dans le film.

Je vous dirais bien que c’est un film à ne pas rater, un film à voir absolument… mais je vous dirai seulement que pour voir un tel film, il faut être prêt. Parce que ça marque à jamais.


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3 commentaires sur “La liste de Schindler, Steven Spielberg

  • Marie

    Si ça t’intéresse je te conseille le docu Inheritance de James Moll, c’est la fille d’Amon Göth qui parle de son père.

    Répondre à Marie
    • Serial Lectrice

      Merci beaucoup, c’est exactement à ce type de témoignage que je faisais allusion en parlant du “poids d’un tel héritage familial”. Pas facile à trouver légalement ce docu ;)

      Répondre à Serial
  • Emilie

    Je l’ai vu c’est un très beau film !

    Répondre à Emilie
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