Le joueur d’échecs, Stefan Zweig


Le joueur d’échecs – Résumé

Le grand maître des échecs Czentovic a embarqué à bord d’un imposant paquebot pour une traversée entre New York et Buenos Aires.

Le narrateur, joueur d’échecs à ses heures perdues, ne cache pas sa curiosité envers l’homme, que l’on prétend aussi inculte qu’il est doué dans sa discipline. Il convainc alors un autre passager, McConnor, de défier Czentovic aux échecs…

Lors du match, un allié inattendu va les aider à mettre en difficulté le champion…

Mais qui est donc cet homme, M. B., capable de tenir tête à Czentovic ?

La réponse nous fait plonger dans la montée du régime nazi.


Auteur.
Taille du livre128 pages.
Note – ★★★★★
Le joueur d’échecs, Stefan Zweig

Le joueur d’échecs – Critique

Le joueur d’échecs est une longue nouvelle publiée par l’auteur autrichien Stefan Zweig quelques mois seulement avant son suicide. Zweig avait alors fui son pays natal, émigrant d’abord en Angleterre puis, face à la progression du nazisme, traversant l’Atlantique pour se réfugier en Amérique, à New York et à Buenos Aires notamment.

Ce contexte historique nous permet déjà de comprendre la place toute particulière du « Joueur d’Echecs » dans l’œuvre de Zweig, dont l’histoire se déroule justement sur un paquebot entre New York et Buenos Aires.

Mirko Czentovic, le champion d’échecs, jouit d’un statut de célébrité et ne manque pas de susciter l’intérêt, d’autant qu’il se raconte toutes sortes d’histoires sur le personnage. Mais n’est-ce pas là le lot commun des gens connus ? On affirme que Czentovic est un homme inculte, orphelin issu d’un tout petit village qui peinait à apprendre quoi que ce soit mais se métamorphosait en génie dès qu’il se trouvait face à un plateau aux cases noires et blanches. On le dit orgueilleux et froid, grisé par son propre succès.

Le narrateur, poussé par sa curiosité, tente de provoquer une rencontre avec Czentovic mais l’homme est une véritable anguille, passant le plus clair de son temps dans sa cabine. Alors, comment le faire sortir de sa réserve si ce n’est en lui proposant une partie d’échecs ? Le narrateur y parvient en convaincant un passager écossais, McConnor, de disputer une partie contre Czentovic.

McConnor est sanguin et opiniâtre, il n’aime pas perdre – même si cela n’a rien de honteux de perdre contre le meilleur joueur du monde ! – et est prêt à dépenser beaucoup d’argent pour disputer match sur match contre Czentovic jusqu’à le battre. Mais il apparaît très vite que c’est une vaine quête car McConnor est un joueur d’échecs médiocre. Malgré l’aide d’autres passagers qui tentent, à plusieurs, de contrer le champion, Czentovic reste invincible.

Jusqu’au moment où un passager ayant fraîchement rejoint le groupe se met à donner des instructions très précises qui mettent en danger le grand maître… Mais qui est cet homme surgi de nulle part, dont l’immense talent paraît surprenant pour un anonyme ? Et comment a-t-il acquis une telle maîtrise des échecs ?

Les 12 jours de voyage ne sont pas vraiment racontés comme un périple mais plutôt comme une quête. Celle du narrateur, qui rêve de percer le mystère du champion d’échecs présent à bord. On ne nous raconte pas le paysage, la mer, la hâte d’arriver et le pourquoi du comment. En ce sens, le décor nous renvoie un sentiment très fort d’isolement. Il est récurrent dans le récit. J’en veux pour preuve la vie du champion d’échecs Mirko Czentovic : il a grandi dans un tout petit village, orphelin ; on le disait simple d’esprit et « isolé » dans sa tête car incapable d’abstraction et d’imagination. De même, M. B., le talentueux joueur anonyme, a connu une autre forme d’isolement infligée par le régime nazi.

Ces deux personnages que sont Czentovic et M. B. traduisent une opposition presque aussi forte que celle des Blancs et des Noirs sur un échiquier : Czentovic est un rustre, grossier et prétentieux, hautain et déplaisant, mu par le désir de s’enrichir… autant que M. B. est un homme humble et élégant, motivé par le souhait de renouer avec son humanité. Leur affrontement sur l’échiquier n’est qu’une métaphore de leurs deux personnalités diamétralement opposées… et, peut-être aussi, une métaphore du conflit mondial qui se jouait à l’époque.

La Seconde Guerre Mondiale, in fine, apparaissait comme l’affrontement entre un camp de barbares sans humanité et un camp ne recherchant rien d’autre qu’une vie paisible et sans histoires. C’est d’autant plus flagrant quand on sait que Stefan Zweig a laissé une lettre juste avant son suicide, dans laquelle il disait : « J’estime préférable de mettre fin à temps et debout à une vie dans laquelle le travail de l’esprit a toujours été la joie la plus pure et la liberté personnelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir l’aurore après la longue nuit ! Moi qui suis trop impatient, je m’en vais avant eux ».

Le joueur d’échecs est donc une histoire fascinante qui offre différents niveaux d’analyse. Je vous conseille donc vraiment de découvrir ce livre si vous ne le connaissez pas !


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