Le labyrinthe du silence, Giulio Ricciarelli


Le labyrinthe du silence – Résumé

Francfort, 1958. Simon Kirsch cherche un briquet pour s’allumer une cigarette lorsqu’un homme lui propose gentiment le sien. Il relève les yeux… et fait un malaise.

L’homme en question servait dans le camp de concentration d’Auschwitz et plus d’une décennie après la fin de la guerre, il enseigne dans un établissement scolaire comme si de rien n’était, sans même avoir été inquiété.

Prenant connaissance de l’histoire, son ami journaliste Thomas Gnielka décide de faire appel à la justice mais nul ne l’écoute ou ne prête attention à son histoire. L’Allemagne dans son ensemble veut tourner la page. A l’exception, peut-être, du jeune procureur Johann Radmann.

Fraîchement diplômé, il décide d’approfondir l’enquête autour de ces nazis qui ont échappé à la justice après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. La tâche est colossale et dans ce labyrinthe, Radmann peut aussi bien se perdre que faire éclater la vérité…


RéalisateurGiulio Ricciarelli.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆
Le labyrinthe du silence, Giulio Ricciarelli

Le labyrinthe du silence – Critique

Le film de Giulio Ricciarelli s’inspire d’un événement historique réel, le « Second procès d’Auschwitz » (ou « Procès de Francfort »). La plupart des dirigeants d’Auschwitz et des figures clés du camp ont été jugés lors du procès de Nuremberg ou lors de procès secondaires organisés notamment en Pologne. Mais beaucoup de nazis sont aussi passés entre les mailles du filet.

8000 d’entre eux auraient servi à Auschwitz… pour combien de personnes traduites devant la justice en réalité ?

Ils n’occupaient pas, pour la plupart, des postes stratégiques dans la hiérarchie du camp… mais ils en étaient pourtant des hommes de l’ombre, ayant participé à la mise à mort de centaines de milliers de personnes.

Le héros du film « Le labyrinthe du silence » a des allures de jeune premier : Johann Radmann (Alexander Fehling) a été fraîchement recruté au tribunal de Francfort et comme tout débutant, on lui confie les affaires sans gravité (infractions routières, etc). Brillant, il aspire bien sûr à traiter des dossiers plus complexes mais ne s’imagine pas que l’opportunité va se présenter si vite.

Lorsque le journaliste Thomas Gnielka (André Szymanski) se rend en personne au tribunal et tente de trouver un avocat prêt à l’aider pour mettre en accusation d’anciens membres d’Auschwitz, Radmann est le seul qui s’intéresse à l’affaire. Mais la route à parcourir est longue car le jeune procureur a une méconnaissance dramatique de l’histoire. Il perçoit Auschwitz comme un endroit où l’on envoyait les prisonniers pour qu’ils travaillent dur… mais pas comme une machine à tuer. Dans son premier entretien maladroit avec un rescapé du camp, il lui demande naïvement de citer les noms des victimes…

Cet aspect du film est peut-être le plus difficile à croire pour le spectateur d’aujourd’hui. Comment un jeune juriste, passionné par son métier, peut être à ce point ignorant ? Peut-il ne pas avoir suivi le contenu des débats du procès de Nuremberg ? Peut-il ne pas s’être intéressé à cette période de l’histoire encore si récente pour lui ?

Si l’on fait exception de cet aspect, le film vous emporte vite dans un rythme captivant. Radmann se heurte au silence des administrations, à une réalité aussi étrange qu’intolérable : beaucoup de nazis mènent une vie parfaitement normale dans un monde parfaitement normal, comme si rien ne s’était jamais passé. Les propres collègues de Radmann se moquent doucement de son entêtement à vouloir faire ressurgir un pan du passé que l’Allemagne aimerait vivement laisser de côté.

Le labyrinthe du silence, Giulio Ricciarelli - Alexander Fehling

C’est le procureur général, Fritz Bauer (Gert Voss), un homme d’expérience, qui va donner à Radmann les moyens et le statut dont il a besoin pour mener son enquête. Jouant un véritable rôle de mentor, il est aussi bien celui qui ouvre des portes au jeune procureur que celui qui assure sa formation mentale, essayant de l’amener à se poser les bonnes questions dans un dossier qui perturberait n’importe qui au plus profond de son âme. Gert Voss endosse le rôle à la perfection.

Le personnage est d’autant plus intéressant qu’il entre dans la vie de Radmann à une période où ce dernier se questionne au sujet de son propre père, disparu pendant la guerre. Le rôle de mentor professionnel se mêle donc à une sorte de recherche de figure paternelle, ce qui rend l’interaction entre les deux personnages très captivante.

J’ai aussi trouvé le travail sur la musique (que l’on doit à Sebastian Pille et Niki Reiser) particulièrement intéressant, intégrant des compositions allemandes.

J’ai juste trouvé dommage que le réalisateur n’assume pas complètement la dimension historique de son film.

  • D’un côté, on a un film tiré de faits réels et le personnage de Fritz Bauer, par exemple, a réellement existé, tout comme les éléments du procès qui sont évoqués dans le film.
  • De l’autre, « Le labyrinthe du silence » nous raconte une petite amourette entre Radmann et une jeune femme… Cet aspect du scénario m’a semblé mal développé, trop superficiel par rapport au reste de l’intrigue. Comme si la jeune femme ne servait qu’à révéler le trouble dans lequel toute cette affaire plonge le procureur. C’est sans doute un petit tour de passe-passe de scénariste pour séduire la ménagère en quête de romance, mais la ficelle est un peu grosse et déjà vue.

Malgré ce petit bémol, Le labyrinthe du silence reste un film intéressant sur un aspect du régime nazi moins souvent abordé par les cinéastes que la Seconde Guerre Mondiale elle-même.


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4 commentaires sur “Le labyrinthe du silence, Giulio Ricciarelli

  • maissa

    c’est simon qui découvre l’enseignant lui manquant un doigt et non gnielka

    Répondre à maissa
    • Marlène

      Bonjour, déjà ;) Effectivement, j’ai modifié le résumé !

      Répondre à Marlène
  • Audrey

    J’ai vu ce film lors de sa sortie au cinéma, il m’a beaucoup plu !

    Répondre à Audrey
    • Serial Lectrice

      Mais tu as tout vu dis donc ;) J’ai un tel retard à rattraper au niveau ciné que ça me fait peur parfois… mais l’espoir fait vivre !

      Répondre à Serial
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