Néantreprise, Marc Estat


Néantreprise – Résumé

Dans une usine semblable à mille autres, un cadre dirigeant se voit confier une nouvelle responsabilité : celle de change manager. Que signifie ce titre ? Il n’en est pas bien sûr, signe d’une hiérarchisation vide de sens souvent jusqu’à l’absurde.

Alors Marc Estat (un pseudonyme) prend la plume pour décrire son quotidien avec piquant et mordant. Néantreprise est son journal de bord, reflet d’une vision du travail où l’on standardise tout jusqu’à perdre le sens de ce qu’on fait.

Les mains liées par les procédures, les syndicats, les règles, l’auteur doit sans cesse mener un exercice de diplomatie de haut vol pour respecter les exigences de productivité imposées par la direction sans froisser la CGT, le médecin du travail, ses – nombreux – supérieurs et subordonnés. Une cause perdue ?


Auteur.
Taille du livre301 pages.
Note – ★★☆☆☆
Néantreprise, Marc Estat

Néantreprise – Critique

Néantreprise, paru en mars aux éditions Favre, nous entraîne dans les méandres d’une usine dans ce qu’elle a de plus absurde à travers le regard d’un ancien cadre dirigeant qui a souhaité rester anonyme.

L’univers que l’on découvre dans son journal de bord est celui d’un monde professionnel déshumanisé où tout est converti en chiffres, en tableaux de bord, en protocoles, en procédures… et en absurdités !

On plonge d’abord dans un lieu où le mot « hiérarchie » est décliné avec une exemplarité à faire rougir un dictionnaire : tout est hiérarchisé, comme dans un vieux modèle de management du siècle dernier. Les chefs représentent des sous-chefs et rapportent au sur-chef lui-même sous-chef d’une armada de chefs au degré de cheffeté ou de cheffitude variable.

D’ailleurs, quand Marc Estat est nommé change manager, il ne voit pas bien à quelles responsabilités ce titre renvoie.

Il se retrouve coincé dans une position intermédiaire, où il n’a pas le prestige d’un grand dirigeant capable d’imposer les décisions les plus radicales… tout en ayant la charge d’assurer la productivité de l’usine. Autant dire que ce n’est pas une mince affaire !

Avec cynisme, il nous présente tout le gratin de ces travailleurs en perdition : ceux qui se mettent en arrêt maladie dès qu’ils se cognent à un meuble, ceux qui méprisent le règlement, ceux qui l’appliquent à la lettre en refusant tout ce qui ne fait pas partie de leur « périmètre de poste », jusqu’au ridicule parfois…

Il nous raconte avec cynisme comment il tente de faire appliquer les règles tandis que face à lui, les syndicats ne perdent pas une occasion pour affirmer que son autorité est assimilable à des « pressions psychologiques intolérables » exercées sur les salariés.

Il nous parle de ces consultants venus intervenir dans l’usine, leurs théories et leur sourire ultra-bright vissé sur le visage, à mille lieux de la réalité du terrain.

C’est un monde qui, pour moi qui n’ai jamais mis les pieds dans une usine, semble lunaire, presque irréel. Je n’imagine pas une seconde ce que l’on peut ressentir à travailler ainsi au quotidien, avec le sentiment d’être prisonnier d’un cadre sur lequel on n’a aucune prise.

L’ironie dont Marc Estat fait preuve à tout instant ne suffit pas à rendre plus acceptable la réalité décrite dans Néantreprise, une réalité entre défiance, souffrance au travail, cadres désabusés et autres bonheurs.

Si la plume ne manque pas de créativité pour nous raconter ce qui, au fond, est un quotidien d’un ennui et d’une monotonie à pleurer, je reste sur une impression mitigée : d’abord, parce que l’avalanche de détails tourne parfois un peu trop à « l’anecdote personnelle qui n’intéresse que l’auteur », en particulier au bout d’un certain temps. C’est le risque d’un concept « journal de bord », celui d’écrire avant tout pour soi comme une thérapie en laissant de côté le lecteur peu familier de cet univers.

Ensuite, parce que le cynisme est parfois poussé un peu loin à mon goût.

Comme lorsque l’auteur parle des intérimaires qui se ruent « vers les guichets RH comme des somaliens sur les premiers camions du convoi alimentaire de l’ONU » quand l’entreprise ouvre quelques postes en CDI. Ou cette description « d’une femme du type ‘agent de guichet administratif’, c’est-à-dire grasse, mal habillée, qui vient juste de rentrer de congé maternité et qui aime parler de ses enfants, de ses week-ends et de son mari ». Ou « Ahmed. Ji suis là parce que ji bisoin di travailler ».

Ces phrases ont fait naître en moi une question : en optant pour l’ironie et pour une approche avec si peu d’humanité, l’auteur ne sombre-t-il pas lui-même dans les travers qu’il dénonce ?

Je laisse l’interrogation en suspens ! Si vous aimez ces livres qui dénoncent l’absurdité du monde professionnel, à l’instar de Ressources inhumaines de Frédéric Viguier, Néantreprise pourrait vous interpeller.


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