Le Petit Chose, Alphonse Daudet : les aventures d’un enfant qui devient homme


Le Petit Chose – Résumé

Daniel Eyssette grandit dans l’aisance grâce à la fabrique que détient sa famille. Son imaginaire y invente de folles histoires riches en rebondissements. Jusqu’au jour où l’usine fait faillite…

La dégringolade est rapide, les Eyssette doivent s’exiler dans un logement insalubre de Lyon et leur situation précaire conduit vite à l’éclatement de la famille.

Daniel, qui se sent encore très enfant et a hérité du surnom de « Petit Chose » par ses professeurs qui ne se remémorent jamais son nom, doit trouver un moyen de gagner sa vie…

Le roman d’Alphonse Daudet, paru en 1868, est un classique inspiré en partie de la vie de son auteur.


Auteur.
Taille du livre252 pages.
Note – ★★★★★
Le Petit Chose, Alphonse Daudet

Le Petit Chose – Critique

Le Petit Chose d’Alphonse Daudet cache un univers plein de tendresse et de tristesse qui nous plonge instantanément dans une époque révolue. Une plume subtile, délicate, expressive… Bref, un vrai plaisir de retrouver Alphonse Daudet que je n’avais pas relu depuis l’école primaire !

Au coeur de cette histoire, il y a Daniel Eyssette, un petit garçon qui grandit dans une famille aisée aux côtés de son frère Jacques, dont la forte tendance à pleurer sans interruption lui vaut souvent d’écoper d’un tonitruant « Jacques, tu es un âne ! » par son paternel. Au coeur du 19ème siècle, le père de Daniel gère une fabrique de foulards, où l’imagination débordante du petit garçon invente de folles aventures.

Mais la famille Eyssette va hélas sombrer dans la misère : la perte d’un gros client, des incendies et autres malheurs frappent la fabrique et ils sont obligés de vendre et de quitter le Languedoc pour la ville de Lyon.

« C’était fini, nous étions ruinés. J’avais alors six ou sept ans. Comme j’étais très frêle et maladif, mes parents n’avaient pas voulu m’envoyer à l’école. Ma mère m’avait seulement appris à lire et à écrire, plus quelques mots d’espagnol et deux ou trois airs de guitare, à l’aide desquels on m’avait fait, dans la famille, une réputation de petit prodige.

Grâce à ce système d’éducation, je ne bougeais jamais de chez nous, et je pus assister dans tous ses détails à l’agonie de la maison Eyssette ».

La vie de Daniel va alors changer du tout au tout : il découvre Lyon, la grande ville humide et noire ; il découvre les inégalités sociales, devenant « l’enfant pauvre » d’un collège de riches. C’est là qu’il écope du surnom de « Petit Chose » :

« A Lyon, les fils de riches ne portent pas de blouses ; il n’y a que les enfants de la rue, les gones comme on dit. Moi, j’en avais une, une petite blouse, j’avais l’air d’un gone… Quand j’entrai dans la classe, les élèves ricanèrent. On disait : « Tiens, il a une blouse ! » Le professeur fit la grimace et tout de suite me prit en aversion.

Depuis lors, quand il me parla, ce fut toujours du bout des lèvres, d’un air méprisant. Jamais il ne m’appela par mon nom ; il disait toujours : « Hé, vous, là-bas, le petit Chose ! » »

C’est, déjà, le dur apprentissage de la vie d’adulte qui commence pour le Petit Chose, que l’on suit de péripétie en péripétie : son dur quotidien d’écolier, la séparation avec sa famille pour aller gagner sa vie comme « pion » dans un établissement où il découvre la méchanceté dont l’Homme est capable, les retrouvailles avec son frère Jacques dans une petite chambre qui donne sur le clocher de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, ses tourments amoureux…

Le Petit Chose, Alphonse Daudet

Alphonse Daudet, c’est d’abord cette plume légère, facile à suivre, qui permet à des enfants comme à des adultes de découvrir ses histoires. C’est une capacité naturelle à saisir de petits détails qui vous donnent l’impression de partager le quotidien du héros.

En tant que lecteur, nous montons avec le Petit Chose les escaliers qui mènent à sa chambre parisienne, on imagine la vue sur un clocher d’église, les rues du Paris ancien, le bruit des diligences… On se prend d’affection pour lui, qui a encore l’air d’un enfant dans un monde souvent dur et sans pitié.

Lisez par exemple cette description… et regardez comme notre esprit peut immédiatement imaginer la scène :

« C’était dans les derniers jours de février ; il faisait encore très froid. Au-dehors, un ciel gris, le vent, le grésil, les collines chauves, des prairies inondées, de longues rangées de vignes mortes ; au-dedans des matelots ivres qui chantaient, de gros paysans qui dormaient la bouche ouverte comme des poissons morts, de petites vieilles avec leurs cabas, des enfants, des puces, des nourrices, tout l’attirail du wagon des pauvres avec son odeur de pipe, d’eau-de-vie, de saucisse à l’ail et de paille moisie ».

Daudet est aussi un auteur idéal pour aider les collégiens à comprendre quelques figures de style… car il les utilise à merveille pour nous transporter dans son monde : ainsi, le Petit Chose surnomme-t-il la femme dont il est amoureux « les yeux noirs » par métonymie ; il décrit un abbé bienveillant comme ayant une « belle figure laide » (oxymore) ; il prête aux objets des sentiments humains (« ces misérables clefs qui m’avaient tant fait souffrir », personnification). L’écriture d’Alphonse Daudet sublime à la perfection la langue française et pour autant, nous n’avons pas l’impression de lire un roman scolaire et ennuyeux.

Le Petit Chose est souvent présenté comme un roman autobiographique. Certains éléments rappellent effectivement la vie d’Alphonse Daudet : né le même jour que son héros, il avait lui aussi des parents négociants dans le domaine des soieries, dont la fabrique a fermé, poussant la famille à s’installer à Lyon. Daudet a, comme Daniel Eyssette, dû devenir maître d’études dans un collège après la faillite de son père… et a lui aussi rejoint son frère à Paris pour mener une vie un brin bohème…

Mais Le Petit Chose comporte aussi une large part d’invention. C’est un roman d’apprentissage, qu’on appelle aussi un « roman d’éducation » car il nous montre comment un héros forge peu à peu sa conception de la vie de l’enfance à l’âge adulte. J’adore ce type de livre car on y trouve souvent des réflexions très pertinentes sur le sens de la vie, les caractères humains, la façon dont nos expériences nous structurent (ou nous déstructurent !).

Parfois, ça passe par des images fortes : c’est l’image de Jacques, le frère du Petit Chose, qui reste seul dans un appartement vide envahi par les babarottes (les cafards)… qui s’infiltrent peu à peu partout jusqu’à pousser Jacques hors de l’appartement, une incitation à prendre son envol et à quitter le nid.

Parfois, c’est la grande désillusion de découvrir que les hommes peuvent être fourbes et manipulateurs. Ou le réconfort de personnes aimantes qui vous tendent les bras sans rien attendre en retour.

Ce sont, aussi, les tentations de l’âge adulte : l’amour et ses dangers, l’ego d’un jeune homme (Jacques est persuadé que Daniel Eyssette porte en lui le germe d’un grand poète et entretient chez lui une forme de narcissisme)…

Le Petit Chose, s’il nous attendrit souvent, nous agace aussi parce qu’il est parfois lâche et sans volonté, s’embourbant dans des situations impossibles. Il est parfaitement conscient de partir dans la mauvaise direction mais se révèle incapable de reprendre sa vie en main seul.

Et puis, ce roman, c’est toute une époque capturée dans un peu plus de 200 pages : Paris, qui apparaît comme une ville de plaisir et de perdition ; la mort, qui fait partie intégrante du quotidien ; le racisme ambiant (on nous parle ainsi de Coucou-Blanc, une « horrible Négresse avec de gros yeux de nacre, des cheveux courts, laineux et frisés comme une toison de brebis noire », qui s’exprime dans un mauvais français : « Blancs moquer Nègre, pas joli »). Eh oui, c’est encore l’époque des zoos humains

Alors, quand on finit le livre d’Alphonse Daudet, on a l’impression d’avoir lu une jolie histoire… mais aussi d’avoir matière à réfléchir.


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2 commentaires sur “Le Petit Chose, Alphonse Daudet : les aventures d’un enfant qui devient homme

  • michael

    Marléne, j’aimais votre critique. grace y je vais lire le livre. merci. j’adore comme vous ecrivez.

    salut de la colombie

    Répondre à michael
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