Seul dans Berlin, Hans Fallada : manifeste pour la Résistance


Seul dans Berlin – Résumé

Berlin, 1940. L’Allemagne vient de remporter la campagne de France et est parvenue à envahir non seulement la France mais aussi les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.

Alors que tout le parti nazi célèbre cette victoire en faisant couler le schnaps à flots, quelque part à Berlin, un immeuble de la rue Jablonski symbolise la délicate et impossible cohabitation entre persécuteurs et persécutés, entre soutiens au régime nazi et résistance acharnée.

Dans le modeste bâtiment d’habitation, Otto et Anna Quangel viennent d’apprendre que leur fils est tombé au front. Frau Rosenthal, Juive, vit dans un espace de liberté de plus en plus ténu et incertain. La famille Persicke soutient Hitler avec autant de passion qu’elle en a à faire régner la terreur. Emil Barkhausen, petit trafiquant malhonnête, ne perd pas une occasion de s’enrichir en mouchardant. Herr Fromm, un vieux conseiller à la cour d’appel, est habité par le même sens de la justice que celui qui a guidé toute sa carrière.

Et à mesure que l’oppression nazie gagne la ville, la flamme de la résistance s’allume chez certains…


Auteur.
Taille du livre768 pages.
Note – ★★★★★
Seul dans Berlin, Hans Fallada

Seul dans Berlin – Critique

Primo Lévi a décrit ce livre comme étant l’un des plus beaux romans sur la résistance antinazie… et il est indéniable que Seul dans Berlin doit rejoindre votre bibliothèque si vous vous intéressez à la Seconde Guerre Mondiale. Hans Fallada s’est inspiré d’un dossier réel dont il a pu récupérer la copie dans les archives de la Gestapo : celui de Otto et Elise Hampel, exécutés pour « haute trahison » en avril 1943 à la prison de Plötzensee.

Le couple, marié en 1935, apprend au début de la Seconde Guerre Mondiale que le frère d’Élise a été tué au front. Ils décident alors d’écrire des cartes postales contre le régime nazi et de les déposer un peu partout dans Berlin afin d’encourager le peuple allemand à lutter contre Hitler et à cesser de soutenir le régime. La Gestapo mettra deux ans à les identifier.

Hans Fallada s’est inspiré de leur acte de courage pour son roman Seul dans Berlin… mais pas seulement. L’intrigue naît dans un immeuble modeste semblable à beaucoup d’autres, rue Jablonski, où cohabitent plusieurs familles. Elles se retrouvent toutes au cœur de la guerre mais pas toutes du même côté…

  • Otto et Anna Quangel ne sont pas inscrits au Parti Nazi et menaient une vie plutôt paisible jusqu’à ce qu’ils apprennent la mort de leur fils au front. Otto est contremaître menuisier, travailleur et honnête.
  • Au sous-sol de l’immeuble vit Emil Barkhausen (renommé Borkhausen dans certaines éditions). C’est un petit mouchard minable, qui soutire de l’argent à qui veut bien lui en donner sous la menace d’une dénonciation. Voleur, malhonnête, il vit avec sa femme et leurs nombreux enfants (dont il n’est pas certain d’avoir la paternité).
  • Et puis il y a les Persicke, de fervents nazis qui n’aspirent qu’à s’élever dans les rangs du Parti, à commencer par le jeune Baldur Persicke, dont les dents rayent le parquet tandis qu’il déambule dans son uniforme des Jeunesses Hitlériennes. Il porte d’ailleurs le même prénom que Baldur von Schirach, chef des fameuses Jeunesses Hitlériennes.
  • Herr Fromm, quant à lui, est un vieux conseiller juridique à la retraite. Il a perdu sa fille au moment de la montée du régime en 1933 et s’efforce désormais de lutter contre les injustices avec la discrétion qui le caractérise. « J’ai une maîtresse à laquelle je dois obéir : elle me gouverne, elle vous gouverne, elle gouverne le monde, même le monde actuel à deux pas de nous, et cette maîtresse est la justice… C’est en elle que j’ai toujours cru, que je crois aujourd’hui encore. De la justice j’ai fait le seul guide de mes actes », dit-il.
  • Frau Rosenthal est probablement la résidente de l’immeuble la plus menacée. Juive, elle tenait un commerce avec son mari mais ce dernier a été arrêté par la Gestapo. Depuis, elle s’efforce de survivre dans un monde qui lui fait clairement comprendre qu’il n’y a plus de place pour elle…

Tout commence en juin 1940 lorsque, le même jour, plusieurs événements viennent agiter le quotidien des habitants de l’immeuble rue Jablonski. Pour les Persicke, c’est la célébration d’une victoire de l’Allemagne nazie sur la France. Pour les Quangel, c’est l’atroce nouvelle que leur fils est décédé dans cette guerre à laquelle ils ne veulent pourtant pas participer.

Quant à Emil Barkhausen, il a choisi ce jour pour aller extorquer des biens ou de l’argent à Frau Rosenthal avec la complicité d’un petit malfrat du quartier, Enno Kluge.

Sans oublier la factrice du quartier, Eva Kluge (épouse d’Enno), qui a dû porter la mauvaise nouvelle aux Quangel et qui, en rentrant chez elle, apprend que son propre fils élevé avec amour s’est rendu coupable des pires exactions sur les Juifs en Pologne.

Berlin en 1945
Berlin en 1945

En résumé, chacun va vivre un événement qui a le pouvoir de transformer ses perspectives sur le conflit en cours. Tandis que certains essaient d’en tirer profit pour s’enrichir ou pour étendre leur pouvoir, d’autres comprennent qu’il n’y a pas d’autre issue que de lutter.

Otto et Anna décident par exemple d’écrire des cartes postales contre le Führer et de les déposer dans les immeubles de la ville pour inciter d’autres Berlinois à se rebeller contre le régime.

C’est ce geste de résistance qui paraît presque dérisoire dans la ville est grande et la tâche gigantesque. Mais c’est aussi ce geste qui traduit la plus grande force qui soit : celle de vouloir défendre ce que l’on pense être juste, coûte que coûte, même si l’on risque à tout moment d’y laisser la vie. C’est être prêt à mourir dès lors que l’on sait que l’on mourra en accord avec ses convictions. C’est préférer le risque à une lâche sécurité.

Tout au long du roman, on suit l’enquête de la Gestapo qui s’efforce d’identifier l’auteur des cartes postales, surnommé le « Trouble-Fête ». L’action agace parce qu’elle est discrète, simple et astucieuse. L’auteur pourrait être n’importe qui, n’importe où, et symbolise à lui seul l’idée qu’il existe partout – dans Berlin et ailleurs – de courageux grains de sable qui vivent avec l’espoir d’enrayer la grosse machine du régime nazi.

Ce n’est pas un roman hollywoodien mais une intrigue qui met à l’honneur des héros du quotidien, des gens ordinaires prêts à tout donner et tout risquer pour résister à tout prix. Seul dans Berlin fait aussi ressortir la bassesse de ceux qui profitent de la guerre et du malheur des autres, que ce soit par le vol, la violence, la dénonciation, la manipulation et toute autre forme de malveillance.

Ce livre fait beaucoup réfléchir sur la notion de « courage ». Le courage existe-t-il ? Les résistants sont-ils des gens courageux ? Ils le sont sans aucun doute dans le regard des autres mais en lisant le roman de Hans Fallada, on a l’impression que pour eux, il ne s’agit jamais de courage. Ils luttent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ils luttent parce que la lâcheté et la passivité sont à leurs yeux un affront pire que tout autre.

Et c’est une profonde source d’inspiration pour notre génération…


Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Seul dans Berlin, Hans Fallada : manifeste pour la Résistance

  • Anne-Marie Mitterrand

    Un grand livre écrit avec simplicité. Les personnages marquent votre mémoire. Un livre de chevet que l’on peut lire et relire sans se lasser. AMM

    Répondre à Anne-Marie
    • Serial Lectrice

      Merci Anne-Marie pour le message et pour la visite sur ces pages !

      Répondre à Serial
Si vous aimez les articles du site, n'hésitez pas à faire vos achats sur Amazon.fr via ce lien ; il me permettra de toucher une commission grâce au programme Partenaires Amazon EU.