La traque des nazis : le documentaire saisissant de Danielle Costelle et Isabelle Clarke


La traque des nazis – Résumé

En Allemagne, après la Seconde Guerre Mondiale, bon nombre de nazis profitent de la désorganisation générale pour se fondre dans la foule et disparaître de la circulation.

Certains seront rapidement rattrapés et traduits devant la justice au cours de procès multiples, dont le plus célèbre reste sans aucun doute celui qui s’est tenu à Nuremberg. D’autres parviendront à fuir à l’étranger et à mener une vie presque normale pendant des décennies. Sans parler de ceux qui, profitant d’un imbroglio administratif, ont pu vivre sans se cacher en Allemagne.

Ce documentaire, réalisé par Danielle Costelle et Isabelle Clarke, raconte la traque des nazis, qu’elle soit menée par les autorités ou par quelques personnes ayant choisi d’y consacrer leur vie entière (Simon Wiesenthal, les époux Klarsfeld…). Avec de nombreuses images d’archives, on survole quelques décennies d’un combat complexe pour que les coupables soient traduits devant la justice.


RéalisateurD. Costelle et I. Clarke.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆
La Traque des Nazis, Danielle Costelle et Isabelle Clarke

La traque des nazis – Critique

Le documentaire La traque des nazis est sorti en DVD en 2007 et j’ai profité de sa rediffusion récente à la télévision pour le revoir. Il dresse un bon panorama de la manière dont s’est organisée la recherche des criminels nazis après la guerre et des condamnations qui en ont découlé. Si certains ont été jugés rapidement, il a fallu plusieurs décennies pour en interpeller d’autres…

À la fin de la guerre, beaucoup de membres du régime nazi ont profité de la confusion générale pour se fondre dans la masse des prisonniers de guerre allemands ou des survivants. Les plus recherchés, membres de la SS, possédaient un tatouage spécial sous le bras et les forces alliées faisaient défiler les hommes bras en l’air afin de tenter d’identifier certains d’entre eux parmi tous les survivants.

Beaucoup de têtes pensantes du régime ont préféré le suicide à la capture : Hitler, bien sûr, mais aussi Goebbels ou encore Himmler – qui a mordu dans une capsule de cyanure peu après sa capture. D’autres ont été capturés rapidement, comme Göring, Rudolf Hess ou Albert Speer, ainsi que les femmes terribles qui officiaient dans les camps de concentration ou d’extermination (Ilse Koch à Buchenwald, dont les coupes anatomiques réalisées sur des détenus du camp ont longtemps servi à enseigner la médecine aux étudiants allemands ; Irma Grese à Ravensbrück, Auschwitz et Bergen-Belsen ; Maria Mandl à Auschwitz…).

Le documentaire La traque des nazis montre une réalité surprenante : lorsque certains de ces criminels ont été arrêtés, personne ne semblait prendre conscience de la portée atroce du génocide dont ils étaient coupables. Son étendue a émergé petit à petit et il est très étonnant de voir certains des nazis arrêtés sous le regard des caméras. Göring en particulier était convaincu au moment de son arrestation qu’il allait pouvoir négocier avec les Alliés et avait même donné une conférence de presse lors de sa capture.

C’est petit à petit que les médias et les autorités ont pris conscience des dangers que représentait l’exposition médiatique des anciens cadres du parti nazi et que l’on a réalisé tous les risques de culte de la personnalité qui allaient avec. C’est d’ailleurs pour cette raison que la plupart des condamnés à mort dans les procès de dénazification de l’après-guerre ont été incinérés avec dispersion des cendres par la suite pour ne pas créer de lieu de sépulture susceptible de devenir un lieu de pèlerinage néonazi.

Le documentaire de Danielle Costelle et Isabelle Clarke évoque bien sûr le procès de Nuremberg. Les images sont très connues mais toujours aussi impressionnantes, qu’il s’agisse des témoignages essentiels comme ceux de Marie-Claude Vaillant-Couturier, de la vidéo filmée dans les camps par John Ford où, sur une note beaucoup plus indécente, des images des retrouvailles entre tous les nazis présents sur le banc des accusés. On a presque l’impression d’assister à la réunion amicale d’une vieille bande de copains qui n’ont absolument aucune considération pour l’endroit où ils se trouvent et pour les crimes dont on les accuse.

La traque des nazis - Le procès de Nuremberg
La traque des nazis – Le procès de Nuremberg

Le documentaire rappelle aussi toutes les spécificités de ce procès hors norme : c’était la première fois que la notion de crime contre l’humanité était définie dans le droit international, la première fois qu’un procès était traduit en simultané avec des procureurs représentant chacun des pays touchés par le nazisme, la première fois qu’un procès était entièrement filmé (c’est d’ailleurs pour cette raison que sur certaines images, les accusés portent des lunettes de soleil car ils étaient éblouis par les projecteurs utilisés dans la salle d’audience), la première fois que l’une des plus grosses pièces à conviction d’un procès était une vidéo.

D’ailleurs, les images des camps d’extermination étaient tellement glaçantes que le réalisateur John Ford avait tenu à mettre un avertissement au début du film précisant que celui-ci avait été réalisé sans trucage.

Au total, 794 criminels nazis ont été pendus pendant toute cette phase de dénazification ayant suivi la fin de la guerre. Mais la traque des nazis s’est poursuivie pendant plusieurs décennies dans des conditions bien plus complexes. En effet, il est arrivé un moment où l’Allemagne a voulu tourner la page alors que bon nombre de personnes impliquées dans des actes atroces étaient parvenues à prendre la fuite.

Ce sont des survivants de la Shoah et leurs proches qui ont souvent permis leur arrestation en consacrant leur vie à la recherche de ces criminels sur toute la planète. On réalise en regardant le documentaire que certains ont bénéficié d’appuis très haut placés au sein même des gouvernements (en Argentine notamment). De véritables villages nazis se sont formés en Amérique du Sud avec tout ceux qui était parvenus à fuir l’Allemagne grâce à de faux papiers.

Josef Mengele, le monstrueux médecin d’Auschwitz, Adolf Eichmann, l’orchestrateur de la déportation des juifs, et bien d’autres, y menaient une vie tout à fait normale.

C’est grâce à l’enquête menée par des gens comme Simon Wiesenthal qu’il a été possible de retrouver les faux noms utilisés par ces nazis en exil. Wiesenthal était certain qu’il ne recevrait aucune aide de l’Allemagne pour capturer Eichmann, il a donc fait appel aux services de renseignement israélien du Mossad pour que l’homme soit capturé et jugé. Son procès a d’ailleurs été le premier grand procès télévisé.

La démarche a été importante non seulement pour que justice soit faite mais aussi pour envoyer un signal fort à tous ces exilés qui vivaient dans leur pays d’accueil dans une nostalgie du régime nazi… Ce type de procès leur a prouvé qu’ils ne seraient jamais tranquilles, où qu’ils se cachent et quel que soit le temps écoulé depuis la fin de la guerre.

Procès d'Adolf Eichmann, 1961
Procès d’Adolf Eichmann, 1961

On découvre aussi un volet assez abracadabrant de la traque des nazis : le fait que certains puissent reprendre une vie totalement normale grâce à un véritable imbroglio administratif causé par les protocoles de Paris. Un criminel nazi ayant commis des crimes en France devait absolument être jugé en France en vertu de ce protocole et dans le même temps, un criminel nazi de nationalité allemande ne pouvait être extradé vers la France.

Résultat : des nazis allemands ayant commis des crimes en France pouvaient vivre en toute impunité en Allemagne et travailler comme si de rien n’était, à l’instar de Kurt Lischka, responsable de la déportation de milliers de juifs français.

Sans parler de l’aura dont bénéficiaient certains hommes, comme Albert Speer, grand architecte du Reich, qui a été accueilli en véritable star à sa sortie de prison en 1966 (il avait été condamné à 20 ans d’emprisonnement lors du procès de Nuremberg). Auteur de deux autobiographies devenues des best-sellers, invité sur tous les plateaux télé, il a expliqué qu’il avait agi pour le régime nazi parce qu’il avait soif de pouvoir et d’ambition. Il a toujours affirmé qu’il ne savait pas que les juifs étaient exterminés dans les camps et que s’il l’avait su, il n’aurait de toute façon rien pu faire à part donner sa démission à Hitler.

C’est un exemple intéressant car il semble montrer qu’à une époque, on voulait tellement tourner la page qu’on était prêt à regarder toutes ces personnes dans la perspective d’une réinsertion dans la société, quitte à occulter le caractère incongru voire déplacé de leur donner la parole dans les médias.

On suit aussi toute la traque des nazis menée par l’Allemande Beate Klarsfeld et son époux français juif (rescapé des camps), qui ont consacré leur vie à retrouver des criminels et à les épingler publiquement : Kurt Kiesinger, impliqué dans la propagande du Reich vers l’étranger, et devenu chancelier allemand par la suite ; Walter Rauff, qui a fait exécuter des milliers de Juifs avec des camions à gaz… L’homme a fait une crise cardiaque peu après avoir été retrouvé et les images de son enterrement sont saisissantes car c’est une véritable réunion de nazis qui lui « rendent hommage » en faisant le salut hitlérien et en scandant « Heil Hitler » au-dessus de son cercueil, en toute impunité, au beau milieu des années 80.

Cette traque ininterrompue des nazis dans le monde entier a aussi permis l’arrestation de gens comme Klaus Barbie (chef de la Gestapo de Lyon), Maurice Papon (qui a fait déporter de nombreux Juifs de Bordeaux vers le camp de Drancy), etc. Des noms dont j’ai entendu parler très jeune car ce sont des procès qui ont marqué la génération de mes parents.

À l’heure du bilan, c’est un documentaire que j’ai trouvé très intéressant pour ceux qui veulent avoir un aperçu de toute cette quête de justice. Il comporte quelques erreurs historiques : les images de l’exécution présentées comme étant celle du nazi Amon Göth correspondent en réalité à la pendaison de Ludwig Fisher (gouverneur de Varsovie à l’origine de la création du ghetto de Varsovie). Pour la défense des deux réalisatrices, la vérité sur cette vidéo n’a été établie que quelques années après la création du documentaire La Traque des Nazis, grâce à des analyses météos et des comparaisons faciales.

Le documentaire reste un survol global, qui utilise des images d’archives pour la plupart extrêmement connues, mais il n’en demeure pas moins qu’il est intéressant et raconté avec beaucoup de sobriété par la voix de Mathieu Kassovitz. A voir, donc !


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