Whiplash, Damien Chazelle


Whiplash – Résumé

Andrew, un jeune batteur plein de talent, a décroché une place au sein du prestigieux Conservatoire Shaffer.

Un jour, alors qu’il s’exerce, il est repéré par Fletcher, un professeur qui encadre un groupe de musiciens de haut niveau, le “Studio Band”. Fletcher lui fait rapidement intégrer l’orchestre… mais Andrew découvre que l’homme a recours à des méthodes d’enseignement peu catholiques.

L’humiliation succède à la gentillesse, la violence verbale et physique aux récompenses.

Fletcher enseigne-t-il ou dresse-t-il ses élèves ? Où se situe la frontière entre pousser un jeune prodige en qui l’on croit et le détruire psychologiquement ?


RéalisateurDamien Chazelle.
Durée du film minutes.
Note – ★★★★☆
Whiplash, Damien Chazelle

Whiplash – Critique

Avec Whiplash, Damien Chazelle signe un film exceptionnel sur le succès et les relations prof-élève. Un film d’une violence psychologique inouïe.

Les médias ont souvent posé cette question à propos du succès : dans quelle mesure est-il inévitable et dans quelle mesure est-il provoqué ? Certains naissent avec des talents innés mais sans travail, peuvent-ils se développer ? Et sans pression, un musicien doué peut-il atteindre son plein potentiel ? Les artistes eux-mêmes semblent ne pas avoir la réponse à ces questionnements.

J’ai souvent vu ce débat au sujet de Michael Jackson, battu par son père durant son enfance : combien de fois l’a-t-on interrogé en lui demandant s’il serait devenu ce qu’il est devenu sans ces heures de répétitions sous la menace des coups ? C’est un débat terrible car il sépare deux aspects : succès et équilibre psychologique.

Dans Whiplash, Andrew (Miles Teller) est un jeune homme un peu réservé, qui vit avec son père enseignant après avoir été abandonné par sa mère pendant son enfance. Il possède un talent indéniable pour la batterie, qui n’échappe pas au regard avisé de Fletcher (J.K. Simmons).

Mais le professeur, loin d’adopter une pédagogie basée sur les encouragements, se comporte au contraire comme un tyran… pour le bien de ses élèves. Du moins, s’en persuade-t-il. Dans ses cours, il est incontestable que l’on s’améliore car la moindre erreur se paie si cher qu’il est préférable d’arriver en maîtrisant sa partition sur le bout des doigts. Mais à quel prix ?

Fletcher est un monstre. J.K. Simmons excelle dans ce rôle au point que l’on en vient à développer pour lui une haine profonde. Il multiplie les brimades sur des sujets qui touchent à l’intime (l’abandon d’Andrew par sa mère, l’homosexualité d’un élève, etc). Il est violent, enseignant à coups de gifles et de chaises lancées à travers la pièce. Et surtout, il est manipulateur… C’est là que le rôle brille par son écriture.

Si Fletcher n’avait été qu’un sadique, on l’aurait vite pris pour un simple musicien frustré déchargeant sa rancœur sur des élèves rêvant d’une carrière dans la musique quitte à supporter les humiliations. Mais Fletcher est changeant. Il est parfois plein de gentillesse… jusqu’à ce qu’il fasse exploser cette façade. J’avoue avoir cerné assez vite ses réelles motivations, il n’en demeure pas moins glaçant.

Miles Teller (Andrew Neiman) face à J.K. Simmons (Terence Fletcher)
Miles Teller (Andrew Neiman) face à J.K. Simmons (Terence Fletcher)

Andrew, lui, fait face à un double challenge : travailler dur pour être à la hauteur des exigences infinies du maître ; et s’endurcir psychologiquement pour tenir et garder sa place au sein du Studio Band. Car Fletcher compose son orchestre comme un jeu de chaises musicales. La moindre faille peut faire perdre à un musicien sa place si durement gagnée. Rien, d’ailleurs, n’est jamais gagné.

Miles Teller livre lui aussi une prestation très convaincante. Il met dans son jeu le refus de l’échec, la quête d’une force mentale indestructible, la sueur et les répétitions sans fin. Il ne paraît pas ambitieux et bouffi d’orgueil… et pourtant, il l’est.

C’est terrible, on retient son souffle, on éprouve un malaise indéniable… mais c’est beau, aussi. Une partition de toute beauté, notamment le morceau qui donne son titre au film – une composition du jazzman Hank Levy. Le décor sobre et dépouillé d’un Conservatoire. Les gros plans grisants sur les instruments. Un montage qui joue parfois son propre rôle, comme lorsque la caméra passe de Fletcher à Andrew dans un duel des images.

L’histoire m’a un peu rappelé celle du best-seller australien Maestro, dont j’ai parlé sur le blog. La réflexion sur le succès se rejoint entre ces deux œuvres. On n’en retire pas de réponse catégorique mais on réfléchit…

Je crois que beaucoup d’élèves de Conservatoire – j’en fais partie – ont croisé la route de profs un peu sadiques, qui les ont fait pleurer en pensant par ce biais les pousser vers l’excellence.

Damien Chazelle lui-même a fait partie d’un groupe de jazz de haut niveau et s’est inspiré de son professeur pour créer Terence Fletcher. Fletcher est pire que tout mais il garde cette part de vraisemblance qui fait de Whiplash un grand film.


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3 commentaires sur “Whiplash, Damien Chazelle

  • Mounia

    J’ai tardé à aller voir Whiplash au cinéma. Je n’y suis allée que quelques mois après sa sortie, quand quelques rares salles de cinéma le diffusaient encore. Et pourtant, j’ai A-D-O-R-E ce film, l’un des meilleurs que j’ai pu regarder ces dernières années. J’aime le rythme du film, le jeu des deux acteurs principaux, en particulier l’extraordinaire J.K. Simmons dans le rôle du terrible Fletcher. Assise dans mon siège de cinéma, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à écouter les notes jazz et découvrir la batterie, instrument dont je ne connaissais pas du tout. Bref, un coup de coeur pour moi <3

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    • Mounia

      Oops, quelques petites erreurs se sont glissés dans mon commentaire ^^’

      Répondre à Mounia
    • Serial Lectrice

      J’ai beaucoup hésité à le voir aussi… J’ai fait du piano au Conservatoire pendant pas mal d’années et j’en garde un très mauvais souvenir, notamment à cause de l’attitude de certains enseignants qui étaient des versions “light” de Fletcher. Mais je n’ai pas regretté de m’être plongée dans l’histoire, je trouve comme toi que J.K. Simmons est incroyable. C’est un film qui a finalement peu de décors, d’effets spéciaux, d’artifices… mais ça ne le rend que plus marquant.

      Répondre à Serial
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